En finir avec les descriptions ennuyeuses

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Une des grandes difficultés des descriptions réside dans le dosage des détails. L’excès mène droit à des pages interminables d’écriture que le lecteur s’empresse de survoler ou de sauter. Le manque de détails donne un texte dépouillé, des scènes vides et sans vie dans lesquelles les personnages semblent perdus.

 

 

Pour mettre en place vos scènes, il est important de choisir les détails les plus justes et les plus vivants possible. Il est tout aussi important de présenter ces détails de façon à captiver le lecteur. Voilà quatre techniques pour vous aider :

 

1) Décrire selon l’action

 

Dévoilez votre description au fur et à mesure que votre personnage se déplace dans la scène. Considérez quels détails il remarquerait immédiatement, et lesquels apparaîtraient plus lentement. Faites découvrir ces détails à votre personnage de façon interactive.

Supposez par exemple que votre héroïne, une SDF, entre dans une maison très cossue. Que remarquerait-elle en premier ? Comment réagirait-elle à cet environnement ?

Faites-lui observer comment le somptueux tapis persan a l’air doux sous ses pieds, comment il amortit le bruit de ses pas, et comment elle aurait envie d’enlever ses chaussures. Ne dites pas que le canapé est moelleux avant qu’elle ne s’enfonce véritablement dedans. Laissez-la sentir le parfum des fleurs qui remplissent le grand vase en cristal.

Utilisez des verbes actifs pour présenter la scène. Au lieu de dire « une lourde table en marbre dominait la pièce », forcez par exemple votre personnage à en faire le tour.

Au lieu d’expliquer que « la lumière inondait le grand salon », faites cligner des yeux votre personnage sous l’effet de la lumière.

Se déplacer « à travers » une description transforme les détails en petites pépites et les éparpille dans toute la scène. C’est ainsi que le lecteur ne se sent jamais inondé et gavé.

 

2) Décrire selon l’expérience du personnage

 

Les connaissances de personnage influent directement ce qu’il voit. Votre SDF ne sait peut-être pas si le tapis est persan ou marocain, ou même s’il est en laine ou en polyester. Si ces détails sont importants, comment pouvez-vous les communiquer ?

Bien sûr, vous pourriez laisser le propriétaire de la maison faire remarquer l’ignorance de votre héroïne. Ou vous pourriez écrire la scène du point de vue du propriétaire. Quel que soit votre choix, gardez bien à l’esprit que les personnages percevront le même environnement de façon très différente selon leurs connaissances.

Imaginez, par exemple, que vous décriviez une plage battue par les vents du point de vue du fils d’un pêcheur du coin. À quoi fait-il attention ? Il pourrait prévoir le temps du lendemain ou les conditions de navigation à partir de la couleur du ciel ou des changements du vent. Quand il aperçoit des oiseaux marins tournoyer entre les nuages, il ne voit pas que des « goélands » mais des sternes, des fous de Bassan et des pétrels — facilement identifiables grâce à la forme de leurs ailes ou leur façon de voler.

Les choses qu’il ne remarque pas ne sont pas pour autant moins importantes. Étant de la région, il accorde probablement peu d’attention aux formes des rochers, ou aux bois flottés échoués sur le sable. Quant au vent qui s’engouffre dans son gros pull, il ne le surprend même pas. Sans doute ne relève-t-il pas davantage l’odeur désagréable des tas de varechs en décomposition sur la plage.

Maintenant, supposez qu’un jeune parisien se retrouve dans le même décor. Emmitouflé dans son manteau dernier modèle branché de chez Best Mountain. Il tremble et ne comprend pas comment le type à côté de lui avec son gros pull n’a pas froid. Il marche sur la plage et craint pour ses Doc Martens toutes neuves. Vu la façon dont les vagues s’écrasent sur le bord, il se dit qu’une tempête exceptionnelle se prépare. La simple pensée du mauvais temps lui donne le bourdon, tout comme l’odeur fétide des algues pourrissantes (il ne pense même pas à du « varech ») lui donne la nausée.

La façon dont chacun de ces personnages perçoit la plage sous la tempête est profondément influencée par son expérience. « Habitude » n’implique cependant, pas forcément une attitude positive, tout comme « nouveauté » ne se teinte pas nécessairement de « négatif ».

Le jeune parisien peut voir cette plage dans la tourmente comme un magnifique lieu de vacances, un endroit isolé et parfait pour se sentir proche de la nature. Le fils du pêcheur, de son côté, pourrait haïr l’océan, se sentir piégé par les caprices du vent et du temps. Ce qui nous amène au point suivant :

3) Décrire selon l’humeur du personnage

 

Ce que l’on voit est profondément influencé par ce que l’on ressent. Et c’est pareil pour nos personnages. Écrire une scène selon les sentiments d’un personnage peut profondément influencer ce que le lecteur « voit ».

Supposez, par exemple, qu’une gamine en vacances se promène dans les dunes. Au travers des joncs, elle aperçoit au loin les ruines d’un blockhaus. La tentation d’explorer est irrésistible. Inespéré même pour une curieuse comme elle. Elle court, ravie. Chaque pas la rapproche de son but et de sa découverte. Courir ? Ça ne lui arrive jamais sur le trajet du collègue dans lequel elle s’ennuie royalement.

Votre lecteur comprend très bien dans quel état d’esprit se trouve cette gamine. La joie de la découverte. La curiosité attisée. Un peu l’aventure…

Mais que se passerait-il si cette gamine était dans un état d’esprit différent ? Si elle était seule parce que le groupe de copines avec lequel elle est venue dans les dunes l’a distancée ? C’est en les cherchant qu’elle a aperçu le blockhaus. Une ruine autour de laquelle planent des tas de rumeurs. Plantée dans les dunes, la ruine couverte de graffitis est peu rassurante. Bien que le soleil soit haut, le ciel chargé de nuages jette un voile angoissant sur le paysage, et le cri sinistre et solitaire d’un oiseau invisible lui rappelle à quel point elle se trouve seule au milieu de nulle part.

Quand elle regarde les oyats, elle voit les épines. Quand elle plante son regard sur les nuages, elle ne voit que la menace de la pluie. Elle doit à tout prix retrouver son groupe… Tenu en haleine, votre lecteur s’attend à voir surgir une menace dans l’horizon de ce personnage.

 

4) Décrire selon les sens du personnage

 

La façon dont un personnage perçoit son environnement va aussi influencer et être influencée par les sens. Notre gamine égarée, par exemple, ne fera peut-être pas attention à l’odeur des embruns, mais elle sera vivement consciente du vent froid. Le jeune parisien remarque des odeurs que le fils du pêcheur ignore, tandis que ce dernier détecte des variations subtiles dans la couleur du ciel qui ne veulent rien dire pour le premier.

Différents apports sensoriels provoquent différentes réactions. Par exemple, les informations visuelles sont généralement traitées au niveau cognitif : nous prenons des décisions et agissons en fonction de ce que l’on voit. Lorsque l’on décrit une scène en termes d’apports visuels, on fait appel à l’intellect du lecteur.

Les émotions, par contre, sont souvent influencées par ce que l’on entend. Pensez aux effets d’un de vos morceaux préférés, le son de la voix d’une personne, le sifflet d’un train. Dans une conversation, le ton de la voix est un indicateur plus fiable de l’humeur et du sens que les mots eux-mêmes. Les sons peuvent nous faire frémir, trembler, sursauter — ou nous détendre et faire sourire. Les scènes qui incluent des sons — des ongles raclant un tableau, les aboiements lointains d’une meute — ont plus de chance de susciter une réponse émotionnelle.

Les odeurs possèdent une capacité remarquable à rappeler des souvenirs. Bien que tout le monde ne soit pas directement ramené à l’enfance par « l’odeur du pain en train de cuire », nous avons des souvenirs olfactifs qui peuvent déclencher une scène ou le souvenir d’un événement ou d’une personne. Pensez au parfum de quelqu’un, la senteur du cuir dans une voiture neuve, l’odeur de chien mouillé. Puis décrivez cette odeur de manière efficace et vous aurez l’adhésion totale de votre lecteur !

Le toucher cause une réponse sensorielle. Faites sentir à votre lecteur la fourrure soyeuse d’un chat, la rugosité des pierres d’un château, la chaleur piquante de la chemise en flanelle de grand-père. Évoquez comment le vent donne la chair de poule à notre gamine égarée, ou comment les brins d’oyats la piquent.

Pour terminer, il y a le goût, très proche de l’odorat dans sa capacité à évoquer des souvenirs. Le goût, cependant, est peut-être le sens le plus difficile à incorporer dans une description. Il ne trouve souvent pas sa place. Comme dans la vie réelle, les « images » du goût seront utilisées avec modération et pertinence.

Pour compléter, vous pouvez relire l’article écrire avec les cinq sens.

 

Les descriptions ont pour objectif de créer un ensemble bien conçu qui fournit une toile de fond parfaite pour vos personnages. Elles ne doivent ni envahir la scène ni interrompre l’histoire.

Dans la vie réelle, nous explorons notre environnement par nos actions, nous en faisons l’expérience par nos sens, nous le comprenons (ou pas) à travers nos connaissances et expériences, et nous y répondons avec nos émotions. Quand vos personnages agissent de cette façon, vous poussez être sûr que vos lecteurs continueront de tourner les pages et pas seulement dans l’attente que quelque chose d’intéressant se passe !

 

Quelle(s) difficulté(s) rencontrez-vous dans l’écriture des descriptions ?

 

À vos succès d’écriture…

 

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7 commentaires

  1. FERHANI Jacqueline dit :

    Grand merci Marie-Adrienne pour vos précieux conseils.

  2. jennifer dit :

    Merci beaucoup pour cet article très utile et très bien expliqué.

  3. ITG dit :

    Bonjour,
    J’aime beaucoup vos articles, ils sont formidables.
    Je vous suis il y a un bout de temps depuis la R.D.Congo.
    Merci beaucoup.

    ITG

  4. Cora dit :

    Merci pour ces conseils et ces exemples 🙂

  5. RENARD dit :

    Comment éviter les clichés sans pour autant éliminer des passages sur le soleil, la scène de sexe amoureux, le repas au restaurant, le secret de famille ou le traumatisme d’enfance, l’homme sans coeur ou l’hyper salaud, la forêt naturelle, les regards qui tuent, le parfum qui embaume, les blacks-outs, fugues décennales et autres descentes aux enfers ? Peut-on s’en servir en employant des mots, des phrases que l’on n’emploie pas habituellement ?

    • Marie-Adrienne Carrara dit :

      Bonjour

      Tout est question de dosage. il n’est pas question d’éliminer des passages sur le soleil, le parfum qui embaume, les regards qui tuent… la langue française est si riche qu’un regard qui tue, par exemple, peut s’exprimer de plusieurs façons. Je suis sûre que vous saurez trouver les mots pour ne pas utiliser un cliché éculé.

      Bien à vous

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