Ça y est. Les vacances se terminent. Les agendas se remplissent à nouveau et, avec la rentrée, reviennent les bonnes résolutions. Peut-être avez-vous pris celle-ci : « Cette fois, je me remets sérieusement à écrire. » Vous allez reprendre ce roman laissé en plan. Retrouver votre rythme. Écrire tous les jours. Arrêter de vous disperser. Bref, cette fois, vous allez vous y mettre sérieusement…
J’ai une suggestion à vous faire.
Ne le faites pas.
Parce que c’est peut-être justement le meilleur moyen de ne pas écrire.
Le piège de la grande reprise
Il se passe quelque chose d’étrange quand nous arrêtons d’écrire.
Plus l’interruption a été longue, plus nous imaginons que le retour doit être spectaculaire.
Comme s’il fallait compenser.
Trois mois sans toucher à votre roman ?
Il faudrait rouvrir le fichier, retrouver les personnages, reconstruire l’intrigue dans votre tête et reprendre exactement là où vous vous étiez arrêté.
Six mois sans écrire ?
Cette fois, c’est décidé : une heure chaque matin.
Et pourquoi pas 1 000 mots par jour tant qu’on y est ?
Nous plaçons la barre très haut.
Puis nous attendons le bon moment pour la franchir.
Lundi, peut-être.
Mais lundi arrive au mauvais moment.
Alors ce sera le week-end.
Puis le mois prochain.
Et le fichier reste fermé.
Pas parce que vous ne voulez plus écrire.
Parce que vous avez rendu la reprise trop difficile.
Vous n’avez rien à rattraper
C’est peut-être la chose la plus importante que j’aimerais vous dire en cette rentrée :
vous n’avez pas de retard.
L’écriture n’est pas un train que vous avez raté.
Les pages que vous n’avez pas écrites pendant votre interruption ne vous attendent pas quelque part avec une petite calculette pour vous présenter l’addition.
Vous vous êtes arrêté.
C’est tout.
Peut-être parce que vous êtes parti en vacances.
Parce que la vie a pris toute la place.
Parce que votre projet vous résistait.
Ou simplement parce que, pendant quelque temps, vous n’aviez plus envie d’écrire.
Peu importe.
Vous n’avez pas besoin de rattraper ces semaines.
Vous avez seulement besoin d’écrire la prochaine phrase.
Ne reprenez pas votre rythme
Imaginez que vous n’ayez pas couru depuis plusieurs mois.
Pour votre première sortie, vous n’allez probablement pas vous lancer dans quinze kilomètres sous prétexte qu’autrefois vous en étiez capable.
Pour l’écriture, pourtant, nous faisons souvent exactement cela.
Nous essayons de retrouver immédiatement l’auteur que nous étions avant l’interruption.
Et si vous oubliiez cet auteur-là pendant dix minutes ?
Pas de chapitre à terminer.
Pas de quota de mots.
Pas de séance à réussir.
Juste dix minutes.
Prenez un personnage et faites-le entrer quelque part où il n’aurait jamais dû se trouver.
Décrivez une personne aperçue dans la rue.
Inventez une dispute autour d’une table.
Reprenez une vieille phrase et voyez où elle vous conduit.
N’essayez même pas d’écrire quelque chose de bon.
Ce texte n’a pas besoin d’être bon.
Il doit simplement exister.
Parce qu’au fond, votre objectif n’est pas encore de retrouver votre rythme.
C’est de retrouver l’envie de revenir demain.
Et c’est là que les choses deviennent intéressantes.
Car reprendre n’est pas le plus difficile
Vous pouvez probablement trouver dix minutes aujourd’hui.
Peut-être même vingt.
Vous allez écrire quelques lignes.
Vous serez content d’avoir recommencé.
Mais demain ?
Et trois jours plus tard ?
Et dans deux semaines, lorsque la rentrée aura définitivement repris ses droits ?
C’est là que se trouve le véritable défi.
Pas dans la reprise.
Dans la continuité.
Comment faire pour que l’écriture ne disparaisse pas à nouveau sous les mails, les rendez-vous, la fatigue et tout ce qui semble toujours plus urgent ?
Il faut parfois une idée qui donne envie de s’asseoir et d’écrire.
Parfois une contrainte qui débloque quelque chose.
Parfois un rendez-vous.
Et parfois, simplement, savoir que quelque part d’autres personnes sont elles aussi en train d’écrire, de chercher, de rater, de recommencer.
Écrire est une activité solitaire.
Mais nous n’avons pas forcément besoin d’avancer seuls.
Je reviendrai très bientôt là-dessus.
Pour aujourd’hui, votre seule mission tient en trois mots :
écrivez dix minutes.
Quelque chose d’inutile.
Quelque chose d’imparfait.
Quelque chose que personne ne lira peut-être jamais.
Mais quelque chose.
Puis fermez votre cahier ou votre document.
Et demain, voyez si vous avez envie de l’ouvrir à nouveau.
Ne cherchez pas à vous remettre sérieusement à écrire.
Remettez-vous simplement à écrire.
C’est juste l’article que je devais lire! Je m’y suis complètement retrouvée
Après un été caniculaire, la fin du deuxième tome de mon roman, le début d’un troisième, au fil des jours ma motivation s’est évaporée.
Malgré mon acharnement à reprendre l’écriture, je ne suis pas arrivée à m’y mettre réellement, sinon par séquences rapides!
Voilà, j’attends la suite de l’article pour reprendre les choses en main.
Merci Marie-Adrienne
Bonjour Anne-Marie
Je me souviens qu’à une époque, c’était justement l’écriture de vos romans qui vous prenait tout votre temps ! Alors je comprends d’autant mieux que cette motivation qui s’évapore aujourd’hui puisse vous dérouter…
Mais après la fin d’un deuxième tome et le début d’un troisième, peut-être a-t-elle simplement besoin de souffler un peu, elle aussi
En tout cas, ne vous acharnez surtout pas trop d’ici la suite de l’article !
Bonjour Marie Adrienne,
Je tombe sur votre newsletter le jour de la rentrée et le moins que je puisse dire est que j’avais besoin de lire ça.
Ça fait plusieurs mois que je me lamente sur mon assiduité dans l’écriture qui n’est plus celle d’il y a trois ans.
Je pense votre message a débloqué quelque chose chez moi tout en me déculpabilisant.
Je dois juste me remettre à écrire.
Merci du fond du cœur.
Bonne journée.
Merci beaucoup pour ce message. Si cet article a pu à la fois débloquer quelque chose et vous débarrasser d’un peu de cette culpabilité, alors j’en suis vraiment heureuse.
C’est étrange, parfois : on peut rester des semaines ou des mois seul face à une difficulté, à essayer de la résoudre, à se demander ce qui ne va plus… et il suffit qu’une parole venue de l’extérieur nous fasse regarder les choses autrement pour que quelque chose se remette à bouger.
Alors oui : juste vous remettre à écrire. Pas à écrire comme il y a trois ans, pas à « retrouver votre assiduité »… juste à écrire, aujourd’hui, comme vous êtes aujourd’hui. Et surtout, ne vous y remettez pas trop sérieusement
Bonjour Marie-Adrienne,
Votre message arrive tellement à point et surtout de me permettre de me déculpabiliser. J’ai fait la cigale tout l’été avec bonheur et allégresse et dimanche, bang! La fourmi s’est invitée pour me faire la leçon. Alors, j’ai fait mon plan, mes objectifs pour me remettre en selle dès le lendemain. Mais lundi malgré ma bonne volonté, la motivation n’y était pas. Comme vous l’expliquez si bien, l’ampleur du travail que je m’imposais était trop imposante pour que j’y trouve du plaisir. Alors, je baisse mes attentes pour refaire mes gammes doucement et retrouver la constance à petits pas. Merci beaucoup pour vos précieux conseils!! Bonne journée,
Bonjour,
J’aime beaucoup votre image de la cigale et de la fourmi ! Et je crois que la fourmi a parfois le défaut de vouloir rattraper en quelques jours tout ce que la cigale s’est joyeusement autorisée pendant l’été…
Vous avez sans doute trouvé la meilleure façon de reprendre : baisser les attentes, refaire vos gammes doucement et, surtout, retrouver le plaisir d’écrire avant de chercher à retrouver un rythme.
La constance viendra ensuite, petit à petit. Quelques lignes aujourd’hui valent toujours mieux qu’un programme parfait qui donne envie de refermer le cahier avant même d’avoir commencé.
Merci pour ce joli témoignage et bonne reprise d’écriture !