Finir un texte n’est jamais un geste anodin. Ce n’est pas simplement ajouter un point final. Ni refermer un fichier. Ni décider que “ça ira comme ça”.
Finir un texte, c’est franchir un seuil. Et c’est précisément pour cette raison que tant de textes restent en suspens.
Finir, ce n’est pas réussir
On confond souvent finir et réussir.
On croit que :
-
finir un texte, c’est prouver qu’il est bon,
-
que le terminer engage notre valeur d’auteur,
-
que s’il est imparfait, mieux vaut ne pas le clore.
Mais un texte terminé n’est pas un texte parfait.
C’est un texte assumé.
Tant qu’un texte reste ouvert :
-
il peut encore devenir autre chose,
-
il n’a pas à répondre de lui-même,
-
il reste dans le champ des possibles.
Finir, c’est accepter de sortir de ce confort.
Ce que finir un texte implique vraiment
Finir un texte, c’est : prendre position.
Et c’est là que beaucoup d’auteurs hésitent, non par manque de talent, mais parce que finir demande une posture intérieure précise : celle de l’auteur qui décide.
Pourquoi cette décision est si difficile
Décider de finir, c’est :
-
accepter que le texte existe sans nous,
-
qu’il soit lu, compris, ou mal compris,
-
qu’il ne corresponde pas exactement à ce que nous avions imaginé.
Un texte terminé ne nous appartient plus tout à fait.
Il devient réel.
C’est cette perte de contrôle, souvent inconsciente, qui rend la fin si délicate.
Finir comme acte fondateur
Finir un texte n’est pas un verdict.
C’est un acte fondateur.
Un auteur ne se définit pas par :
-
ses intentions,
-
ses projets,
-
ses brouillons.
Mais par sa capacité à aller jusqu’au bout d’un geste d’écriture.
Même imparfait.
Même inconfortable.
C’est ce passage-là qui transforme l’écriture en pratique, et le désir d’écrire en travail d’auteur.
Conclusion
Si finir un texte te semble difficile,
ce n’est pas parce que tu écris mal.
C’est peut-être parce que tu écris sérieusement.
Et finir, dans ce cas, n’est pas une formalité.
C’est un acte d’auteur.
Ces questions touchent à la posture même de l’auteur, bien au-delà des techniques.
Si tu veux continuer à explorer ce rapport exigeant à l’écriture,
tu peux t’abonner au blog pour recevoir les prochains articles.
Pour ma part, j’estime un texte fini quand nous nous sommes détachés l’un de l’autre parce qu’il n’a plus besoin de moi. Il est fini dès lors que je peux le relire comme s’il avait été rêvé, conçu, amélioré par quelqu’un d’autre. Cela demande du temps, mais, c’est un processus normal de toute création, on accouche toujours de ses bébés à un moment où un autre !
Bonjour
J’aime beaucoup cette image du détachement, et cette idée qu’un texte est fini lorsqu’il peut être relu comme s’il venait d’un autre.
Ce temps de séparation fait pleinement partie du travail d’auteur, et vous avez raison : il ne se décrète pas, il se laisse advenir.
Là où je vous rejoins entièrement, c’est que finir un texte n’est pas une question de perfection, mais de maturité. Le texte n’a plus besoin de nous… parce que nous avons fait, jusqu’au bout, notre part du chemin.
Et oui, on accouche toujours de ses bébés — parfois dans la joie, parfois en transpirant un peu — mais accoucher reste un acte. Un choix. Celui de laisser le texte vivre sa vie.
A vos succès d’écriture
Merci pour ce blog, il permet de ne pas rester seule devant son clavier.
Mon deuxième livre (publié voici 15 ans) et premier roman va être publié début mars.
J’y ai mis mes tripes, passé des heures à l’écrire, le corriger, le lire et le relire, à traquer les éventuelles incohérences et, bien sûr, les éventuelles répétitions ou coquille que l’on ne voit plus après la énième lecture.
Qu’il est difficile d’en sortir, il vit encore en moi et je me pose des questions sur sa qualité, sur mon style… Bref, oui, il est terminé, mais est-il fini ? Je ne sais.
Maintenant, comme un ado quitte la maison pour vivre sa vie, il va vivre la sienne et affronter le regard des lecteurs.
Je lui souhaite une belle vie, non pour moi, j’ai dit ce que je désirais pour celui-là (un deuxième est en cours), mais pour lui, pour ce qu’il peut apporter, ou non, aux autres.
C’est mon enfant, je ne pensais pas être prise aux tripes de cette façon au cours de ces mois de travail, mais j’ai adoré et j’espère que les idées s’épanouiront encore sur de futures pages vierges.
Merci pour ce partage si sincère.
Ce doute après le point final, cette difficulté à laisser le texte partir, sont souvent le signe qu’on a écrit un livre important pour soi. Quand un roman continue de vivre en nous, c’est qu’on y a mis quelque chose d’essentiel.
Le moment de le laisser rencontrer ses lecteurs est à la fois vertigineux et nécessaire.
Je te souhaite une très belle vie à ce livre… et beaucoup de joie dans ceux qui sont encore en train de naître