Depuis quelques semaines, j’ai commencé une série d’articles autour d’une question simple : “Si je devais me lancer dans l’écriture aujourd’hui”
Cet article est le quatrième de cette série.
Et honnêtement…
je crois que c’est probablement le plus important…
Parce qu’il y a une chose que j’ai mis énormément de temps à comprendre.
Une chose simple.
Mais qui change presque tout quand on écrit.
Le vrai problème n’est pas d’écrire mal.
Le vrai problème…
c’est d’avancer trop longtemps sans direction claire.
Pendant longtemps, je croyais que les auteurs progressaient grâce à la motivation.
Je pensais qu’il fallait :
avoir envie,
être inspirée,
trouver du temps,
se sentir prête.
Et quand tout cela disparaissait…
je pensais que le problème venait de moi.
Alors je ralentissais.
Je doutais.
J’attendais de “retrouver l’élan”.
Mais avec le recul, je crois que beaucoup d’auteurs perdent des années ici.
Parce qu’ils attendent de ressentir quelque chose avant de continuer à écrire.
Alors qu’en réalité…
ce n’est pas la motivation qui crée la continuité.
C’est souvent la continuité qui recrée la motivation.
Et honnêtement, cette différence est immense.
J’ai longtemps cru que les auteurs avancaient grâce à l’inspiration
Je pensais que les écrivains “sérieux” écrivaient avec évidence.
Qu’ils savaient où ils allaient.
Qu’ils avaient confiance dans leurs textes.
Aujourd’hui, je crois surtout qu’ils avancent malgré le doute.
Pas tous les jours avec enthousiasme.
Pas tous les jours avec facilité.
Mais avec une direction suffisamment claire pour continuer.
Et ça change énormément de choses.
Parce qu’à partir du moment où l’on comprend cela…
on cesse progressivement de vivre chaque baisse d’énergie comme un échec personnel.
On comprend que :
douter n’empêche pas d’écrire,
fatiguer n’empêche pas d’écrire,
avancer lentement n’empêche pas d’avancer vraiment.
La plupart des auteurs ne manquent pas de potentiel
Je crois même que beaucoup de personnes capables d’écrire de très belles choses abandonnent beaucoup trop tôt. Pas par manque de talent.
Mais parce qu’elles restent trop longtemps seules face à leurs hésitations.
Sans cadre.
Sans régularité.
Sans regard extérieur.
Et peu à peu, quelque chose s’épuise.
Pas forcément l’envie d’écrire.
Plutôt la sensation d’avancer réellement.
Avec le recul, je crois que le plus précieux quand on écrit…
ce n’est pas d’être brillant immédiatement.
C’est de continuer suffisamment longtemps pour devenir plus juste.
Plus solide.
Plus vivant dans son écriture.
Si je comprenais cela plus tôt…
Je perdrais moins de temps à attendre la “bonne période”.
Je chercherais moins à écrire parfaitement.
Et surtout…
j’arrêterais de croire que les auteurs avancent parce qu’ils se sentent constamment inspirés.
Aujourd’hui, je crois qu’on avance surtout quand on construit un lien durable avec l’écriture.
Même imparfait.
Même fragile.
Même irrégulier parfois.
Parce qu’au fond…
les auteurs qui progressent ne sont pas forcément ceux qui doutent le moins.
Ce sont souvent ceux qui continuent malgré leurs doutes.
Dans le prochain article, je parlerai justement de toutes les choses que j’ignorerais volontairement aujourd’hui si je recommençais à écrire.
Et honnêtement ?
Certaines risquent de surprendre.
A vos succès d’écriture…
Sans direction claire… L’auteur se perd dans une multitude de versions, toutes correctes, mais pas la bonne. Perso, je viens de me faire l’immense joie d’avoir trouvé la solution au caillou dans ma chaussure. Ce n’est pas le premier caillou, cette impression que quelque chose n’est pas à sa place, que la colonne vertébrale n’est pas ce qu’elle devrait être. Mais quoi ? Bon, évidemment, je vais devoir recommencer puisque le changement est important mais qu’importe. Mon roman va se rapprocher de la version qui est quelque part dans mon esprit… Alors oui, la direction claire est fondamentale sinon on recommence sans arrêt.
Merci pour ce témoignage,
Le « caillou dans la chaussure » est une image parfaite pour décrire ça !
Et oui, parfois le vrai déclic arrive avec cette prise de conscience : ce n’est pas la phrase qui sonne faux… c’est la direction entière qui doit être réalignée.
Courage pour la réécriture, même si elle est importante. Souvent, ce genre de déclic fait franchir un immense cap au roman.
Bonsoir et d’abord merci pour vos articles. Ça fait du bien à lire.
Moi j’ai juste une question. Toute simple : comment on fait pour trouver et se cramponner à une direction claire ?
J’ai des idées qui s’evaporent aussi vite qu’elles sont apparues. Je vais dans tous les sens sans aller nulle part à l’arrivée.
Je suis aujourd’hui complètement bloqué.
Alors comment trouve-t-on cette direction claire ?
Merci
Bonsoir,
Merci pour votre message.
Je crois justement que beaucoup d’auteurs se reconnaissent dans ce que vous décrivez.
Quand je parle de « direction claire », je ne parle pas forcément d’avoir un plan parfait ou de savoir exactement où l’on va. Très souvent, cette direction est beaucoup plus simple que cela.
Au début, elle peut se résumer à une seule question : « Qu’est-ce que j’essaie de construire en ce moment ? »
Un roman ?
Une habitude d’écriture ?
Un recueil de textes ?
Une meilleure compréhension de votre propre voix ?
Le problème, c’est que lorsque plusieurs objectifs cohabitent en même temps, l’énergie se disperse. On saute d’une idée à l’autre, puis on a l’impression de ne plus avancer.
Si vos idées s’évaporent vite, ce n’est peut-être pas parce qu’elles sont mauvaises. C’est peut-être simplement qu’elles n’ont pas encore eu le temps de mûrir.
À votre place, je chercherais moins la « bonne idée » et davantage un projet suffisamment intéressant pour accepter de lui consacrer du temps, même lorsque l’enthousiasme baisse un peu.
La direction apparaît souvent après plusieurs semaines ou plusieurs mois d’avancée. Elle est rarement visible dès le départ.
Et paradoxalement, on la trouve souvent en continuant à écrire, pas en attendant de l’avoir trouvée.
Merci pour cette belle question. Je pense qu’elle mérite presque un article à elle seule. A vos succès d’écriture