Trois versions annotées d’un même manuscrit illustrent la progression en écriture grâce à la réécriture.Vous relisez un texte écrit quelques mois plus tôt. Une phrase vous paraît maladroite. Un dialogue sonne faux. Une scène qui vous semblait réussie vous paraît soudain interminable. Votre première pensée est rarement réjouissante : Comment ai-je pu trouver cela bon ? Pourtant, cette insatisfaction n’est pas nécessairement la preuve que vous écrivez mal. Elle peut, au contraire, montrer que votre regard s’est affiné. Car progresser en écriture ne signifie pas ne plus douter, écrire vite ou produire des textes parfaits. Les signes les plus révélateurs sont souvent plus discrets

Pourquoi est-il si difficile de mesurer ses progrès en écriture ?

Lorsque vous apprenez une langue, vous constatez que vous comprenez davantage de mots. Lorsque vous pratiquez un sport, vous courez plus longtemps ou soulevez une charge plus lourde.

En écriture, les progrès sont moins faciles à mesurer.

Vous pouvez écrire une scène avec plus d’aisance un jour et rester bloqué devant la suivante. Réussir un dialogue, puis vous perdre dans une description. Trouver la voix juste pour un personnage et douter de toute votre intrigue le lendemain.

Surtout, plus vous apprenez, plus vous devenez exigeant.

Vous remarquez désormais des faiblesses que vous ne voyiez pas auparavant. Votre jugement progresse parfois plus vite que votre capacité à corriger ce qui vous dérange. Cette période est inconfortable : vous voyez mieux ce qui ne fonctionne pas, mais vous ne savez pas encore toujours comment intervenir.

Vous pourriez croire que vous régressez. En réalité, vous êtes en train de développer votre regard d’auteur.

1/ Vos questions deviennent plus précises

Au début, le doute prend souvent une forme très générale :

Mon texte est-il bon ?

Cette question est immense. Elle ne permet ni d’analyser le texte ni de le retravailler.

Avec l’expérience, elle se transforme :

  • L’objectif de mon personnage est-il suffisamment clair ?
  • Cette scène modifie-t-elle vraiment la situation ?
  • Le lecteur comprend-il pourquoi mon personnage refuse de répondre ?
  • Cette description ralentit-elle inutilement le récit ?
  • Ai-je choisi le point de vue le plus intéressant ?

 

Vous ne vous demandez plus seulement si votre texte « fonctionne ». Vous cherchez où, comment et pourquoi il cesse éventuellement de fonctionner.

Plus vos questions deviennent précises, plus vos possibilités de réécriture le deviennent également.

2/ Vous faites davantage de choix conscients

Un auteur progresse lorsqu’il cesse peu à peu d’écrire uniquement à l’instinct.

L’instinct reste précieux. Il vous permet de trouver une image, une voix, une situation inattendue. Mais vous commencez aussi à comprendre les effets produits par vos décisions. Vous choisissez de ralentir le rythme à cet endroit. Vous retirez une explication afin de laisser davantage de place au sous-texte. Vous commencez une scène plus tard pour entrer directement dans le conflit. Vous adoptez le point de vue d’un personnage parce que son ignorance crée une tension intéressante.

 

Tout ne réussira pas immédiatement. Mais vous ne vous contentez plus d’écrire « comme cela vient ». Vous savez de mieux en mieux ce que vous cherchez à provoquer chez le lecteur.

3/ Vous pouvez repérer une faiblesse sans condamner tout le texte

Lorsqu’on débute, une scène ratée semble parfois contaminer tout le projet.

Un dialogue manque de naturel ? Le roman entier paraît mauvais. Un lecteur ne comprend pas une réaction ? Le personnage semble bon à jeter avec les plantes vertes et le fichier Word.

Avec le temps, votre diagnostic devient plus nuancé.

Vous apprenez à distinguer :

 

  • un problème local d’un problème structurel ;
  • une scène maladroite d’une intrigue défaillante ;
  • un passage à clarifier d’un chapitre à supprimer ;
  • une préférence de lecteur d’une véritable incompréhension.

Vous pouvez penser : « Cette transition ne fonctionne pas encore » sans conclure : « Je ne sais pas écrire. »

Ce petit mot, encore, est l’un des signes les plus précieux de votre progression.

4/ Vous ne réécrivez plus au hasard

Réécrire ne consiste pas à modifier quelques mots jusqu’à épuisement des synonymes.

Lorsque vous progressez en écriture, vous intervenez avec une intention plus claire. Avant de corriger une scène, vous vous demandez ce qu’elle doit accomplir.

Doit-elle créer une attente ? Montrer une rupture ? Faire évoluer une relation ? Révéler une information ? Placer le personnage devant un nouveau choix ?

Vous pouvez alors décider de renforcer le conflit, de déplacer une révélation ou de supprimer une explication devenue inutile. Votre nouvelle version n’est pas simplement différente de la précédente. Elle répond mieux à la fonction de la scène.

5/ Vous acceptez qu’un texte passe par des états imparfaits

Auparavant, vous vouliez peut-être trouver immédiatement la bonne phrase, la bonne structure ou la bonne ouverture.

Désormais, vous acceptez plus facilement qu’un premier jet soit incomplet. Vous savez qu’une scène peut contenir une intuition juste sans avoir encore trouvé sa forme définitive.

Cette tolérance à l’imperfection n’est pas du laisser-aller. Elle vous permet d’avancer suffisamment loin pour découvrir ce que votre histoire cherche réellement à devenir.

Vous ne confondez plus un texte provisoire avec un texte condamné.

Et surtout, vous comprenez que certaines réponses n’apparaissent qu’en écrivant la suite.

6/ Vous utilisez les retours sans leur obéir aveuglément

Recevoir un avis ne signifie plus que vous devez appliquer chaque suggestion.

Vous écoutez l’expérience du lecteur. Vous cherchez ce qui l’a touché, ralenti, surpris ou dérouté. Mais vous conservez la responsabilité de votre texte.

Si plusieurs lecteurs butent au même endroit, vous examinez le passage. Si l’un d’eux vous propose de transformer votre personnage principal en détective privé alors que vous écrivez une chronique familiale, vous respirez calmement. Vous apprenez à distinguer le problème signalé de la solution proposée. Un lecteur peut sentir qu’une scène manque de tension sans savoir comment la renforcer. Son ressenti vous renseigne. La décision vous appartient.

7/ Le doute ne vous arrête plus aussi longtemps

Progresser ne fait pas disparaître le doute. Les auteurs expérimentés doutent eux aussi.

La différence se trouve souvent dans ce qui vient ensuite. Vous pouvez être mécontent d’un chapitre, vous éloigner du texte pendant quelques jours, puis revenir avec une question précise. Vous cherchez une piste. Vous testez une solution. Vous acceptez parfois de reprendre plusieurs fois le même passage.

Le doute n’est plus systématiquement un verdict. Il devient une étape du travail.

Vous n’attendez pas d’être certain de réussir pour continuer.

Écrire davantage ne signifie pas toujours mieux écrire

Le nombre de pages produites ne suffit donc pas à mesurer votre progression.

Vous pouvez écrire beaucoup en répétant les mêmes maladresses. À l’inverse, vous pouvez passer plusieurs jours sur une scène courte et comprendre quelque chose qui modifiera toute votre manière d’écrire.

Progresser ne signifie pas non plus :

  • ne plus commettre d’erreurs ;
  • aimer tout ce que vous écrivez ;
  • recevoir uniquement des compliments ;
  • connaître toutes les techniques narratives ;
  • terminer chaque séance avec le sentiment d’avoir été brillant.

Vous progressez lorsque vous voyez plus clairement ce que vous faites, lorsque vous disposez de davantage de possibilités et lorsque vous savez mieux pourquoi vous choisissez l’une plutôt que l’autre.

Comment rendre vos progrès visibles ?

Conservez quelques anciennes versions de vos textes. Relisez-les plusieurs mois plus tard, non pour vous juger, mais pour observer votre cheminement.

Comparez vos choix :

  • vos scènes entrent-elles plus rapidement dans le vif du sujet ?
  • vos personnages agissent-ils avec davantage de cohérence ?
  • vos dialogues contiennent-ils moins d’explications ?
  • vos descriptions sont-elles plus précises ?
  • vos réécritures répondent-elles à un objectif mieux défini ?

Vous pouvez également noter, après chaque travail important, ce que vous avez découvert. Non pas seulement ce que vous avez corrigé, mais ce que cette correction vous a appris.

Peu à peu, vous constituerez la trace de votre progression.

Progresser demande un cadre

Il reste difficile d’évaluer seul son évolution. Nous sommes souvent trop proches de nos textes pour percevoir ce qui a changé, ce qui s’est renforcé ou ce qui mérite encore d’être travaillé.

C’est pour cela que Tisseurs d’Histoires associe apprentissage, exercices, écriture régulière et regards extérieurs. La progression n’y repose pas sur la quantité de conseils accumulés, mais sur leur mise en pratique et sur le travail réel des textes.

 

Les inscriptions à Tisseurs d’Histoires sont actuellement fermées et la date de la prochaine ouverture n’est pas encore définie. Vous pouvez cependant rejoindre la liste d’attente afin d’être prévenu en priorité. Cette inscription ne vous engage à rien.

 

[Je souhaite être prévenu de la prochaine ouverture]

On ne progresse pas en écriture lorsque tout devient soudain facile.

On progresse lorsque les difficultés cessent d’être une masse informe. Lorsqu’on peut les observer, les nommer et commencer à travailler dessus.

 

Si vous voyez aujourd’hui dans vos textes des faiblesses que vous ne remarquiez pas hier, ne vous découragez pas trop vite. Ce regard devenu plus exigeant est peut-être, justement, la preuve que vous avez déjà avancé.

 

A vos succès d’écriture
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