Finir un texte n’est jamais un geste anodin. Ce n’est pas simplement ajouter un point final. Ni refermer un fichier. Ni décider que “ça ira comme ça”.
Finir un texte, c’est franchir un seuil. Et c’est précisément pour cette raison que tant de textes restent en suspens.
Finir, ce n’est pas réussir
On confond souvent finir et réussir.
On croit que :
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finir un texte, c’est prouver qu’il est bon,
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que le terminer engage notre valeur d’auteur,
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que s’il est imparfait, mieux vaut ne pas le clore.
Mais un texte terminé n’est pas un texte parfait.
C’est un texte assumé.
Tant qu’un texte reste ouvert :
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il peut encore devenir autre chose,
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il n’a pas à répondre de lui-même,
-
il reste dans le champ des possibles.
Finir, c’est accepter de sortir de ce confort.
Ce que finir un texte implique vraiment
Finir un texte, c’est : prendre position.
Et c’est là que beaucoup d’auteurs hésitent, non par manque de talent, mais parce que finir demande une posture intérieure précise : celle de l’auteur qui décide.
Pourquoi cette décision est si difficile
Décider de finir, c’est :
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accepter que le texte existe sans nous,
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qu’il soit lu, compris, ou mal compris,
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qu’il ne corresponde pas exactement à ce que nous avions imaginé.
Un texte terminé ne nous appartient plus tout à fait.
Il devient réel.
C’est cette perte de contrôle, souvent inconsciente, qui rend la fin si délicate.
Finir comme acte fondateur
Finir un texte n’est pas un verdict.
C’est un acte fondateur.
Un auteur ne se définit pas par :
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ses intentions,
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ses projets,
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ses brouillons.
Mais par sa capacité à aller jusqu’au bout d’un geste d’écriture.
Même imparfait.
Même inconfortable.
C’est ce passage-là qui transforme l’écriture en pratique, et le désir d’écrire en travail d’auteur.
Conclusion
Si finir un texte te semble difficile,
ce n’est pas parce que tu écris mal.
C’est peut-être parce que tu écris sérieusement.
Et finir, dans ce cas, n’est pas une formalité.
C’est un acte d’auteur.
Ces questions touchent à la posture même de l’auteur, bien au-delà des techniques.
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Pour ma part, j’estime un texte fini quand nous nous sommes détachés l’un de l’autre parce qu’il n’a plus besoin de moi. Il est fini dès lors que je peux le relire comme s’il avait été rêvé, conçu, amélioré par quelqu’un d’autre. Cela demande du temps, mais, c’est un processus normal de toute création, on accouche toujours de ses bébés à un moment où un autre !
Bonjour
J’aime beaucoup cette image du détachement, et cette idée qu’un texte est fini lorsqu’il peut être relu comme s’il venait d’un autre.
Ce temps de séparation fait pleinement partie du travail d’auteur, et vous avez raison : il ne se décrète pas, il se laisse advenir.
Là où je vous rejoins entièrement, c’est que finir un texte n’est pas une question de perfection, mais de maturité. Le texte n’a plus besoin de nous… parce que nous avons fait, jusqu’au bout, notre part du chemin.
Et oui, on accouche toujours de ses bébés — parfois dans la joie, parfois en transpirant un peu — mais accoucher reste un acte. Un choix. Celui de laisser le texte vivre sa vie.
A vos succès d’écriture