Trop d’adjectifs tuent l’adjectif !

Partager :

Les conseils aux jeunes auteurs ont longtemps réprouvé l’abus de l’adjectif, présenté comme l’ennemi du « bon style ». Sur quoi se fonde cette recommandation ?

 

 

 

Définition de l’adjectif :

 

L’adjectif est un mot que l’on peut adjoindre directement (épithète) ou indirectement (attribut) au substantif pour exprimer une qualité (qualificatif) ou un rapport (déterminatif).

Il s’accorde, presque toujours, avec ce nom ou ce pronom en genre et en nombre.

 

À quoi servent les adjectifs ?

 

 

1/ Fonction descriptive

 

Les adjectifs sont des mots qui modifient un nom ou un pronom et lui donne une qualité descriptive.

L’adjectif peut généralement être placé avant ou après le nom qu’il qualifie. De plus, il peut être précédé d’un adverbe d’intensité,et être séparé du nom par un autre adjectif qualificatif.

une jolie fille / une fille jolie / une très jolie fille / une jolie petite fille

 

2 / Fonction relationnelle

 

L’adjectif dit relationnel se place immédiatement après le nom et ne peut pas être mis avant. Il définit une relation et non une qualification, il peut être remplacé par un complément du nom.

On peut en effet dire La tribune présidentielle mais pas Une présidentielle tribune.

La tribune présidentielle = la tribune du président

autres exemples :

une décision gouvernementale = une décision du gouvernement

une spécialité régionale = une spécialité de la région

 

Mauvais usage des adjectifs

 

Quels adjectifs ? Attribut ? Épithète ? Qualificatif ? Déterminatif ? Objectif ou subjectif ?

À partir de quand trouve-t-on qu’un texte comprend trop d’adjectifs  ?

 

Il n’y a pas de règle en matière d’utilisation et la consigne reste  imprécise.

Mais voyez un exemple évident de surqualification :

Pierre, costume sombre et chemise blanche…

Pierre, beau costume bleu foncé assorti d’une éclatante chemise blanche…

 

Emplois à éviter :

 

  • Recourir au pléonasme dénotatif par maladresse :

une minuscule fourmi → une fourmi

  • Utiliser la qualification par ignorance :

une voiture décapotable un cabriolet

  • Utiliser un pléonasme expressif usé :

un tyran cruel un tyran

  • Utiliser la qualification expressive par paresse :

une pluie diluvienne une averse

 

Trop d’adjectifs tuent l’adjectif !

 

D’où vient cette tendance à employer trop d’adjectifs ?

 

Trois hypothèses propres à l’auteur débutant :

 

  • tout décrire aux dépens du confort du lecteur

 

  • tout interpréter aux dépens de l’autonomie du lecteur

 

  • accumuler les adjectifs par facilité et éviter un travail analytique

 

Comment remédier à l’excès d’adjectif

 

La consigne à respecter :

 

  • Garder clarté et concision :

 

– en évitant la qualification pléonastique (canicule torride)

– en préférant le substantif précis au substantif générique qualifié (une bruine = une petite pluie fine)

 

  • Laisser au lecteur une liberté d’interprétation et de jugement :

 

– en dosant l’excès de qualification (voir l’exemple plus haut)

– en se renouvelant pour éviter les clichés (course effrénée, un effort surhumain, une pluie diluvienne)

 

  • opter pour le complément de nom :

 

crise identitaire ou crise des identités

conseiller patrimonial  ou conseiller en patrimoine

désertification rurale ou désertification des campagnes

pantalon rayé ou pantalon à rayures

promenade dominicale ou promenade du dimanche

 

Revoyez vos textes et vérifiez qu’ils ne comportent pas trop d’adjectifs. L’excès alourdit le style et freine la lecture qui devient peu agréable.

 

À vos succès d’écriture…

 

 

7 commentaires

  1. Jean-Patrick dit :

    Fi des adverbes, moins d’adjectifs et pas d’interjections, ce conseil appelle deux questions :
    – pourquoi la langue s’encombre-t-elle de tant de mots à éviter ?
    – peut-on tout dire en (pro)noms, verbes et conjonctions ?
    Bien sûr, ces questions sont des boutades !

  2. Pascale Lamandin dit :

    Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage…
    Je pense à ce dicton en lisant vos conseils. Je comprends, pour ma part, que vous essayez de nous pousser au meilleur. En simplifiant, clarifiant, reprenant, corrigeant, et même en oubliant pour mieux s’y remettre.
    Le doute est parfois si grand, que je n’ose plus rien écrire… Alors je relis votre post sur la peur d’écrire. Et je me remets à mon clavier.
    Merci.
    Cordialement.
    Pascale

    • Marie-Adrienne Carrara dit :

      Bonjour Pascale

      Oui, c’est exactement cela, pousser au meilleur.
      Cet article je l’ai écrit car j’ai reçu plusieurs textes truffés d’adjectifs. Je sais que les auteurs ont voulu bien faire malheureusement, c’est l’effet inverse qu’ils ont obtenu !

      Le message que je veux passer, c’est d’écrire encore et toujours en toute liberté. Mais au moment de la réécriture, il faut revisiter son texte sans indulgence.

      Ne doutez pas, écrivez !

      Bien à vous

  3. Miss Prune dit :

    Il est vrai que la surutilisation d’adjectifs alourdi un texte. Mais il ne faut pour autant pas les éliminer. Il faut bien les choisir, les sélectionner. C’est cette partie que je trouve vraiment difficile… Trouver le bon adjectif pour le bon thème.
    Exemple : quel qualificatif employer pour décrire une main, des doigts ? Différent mot, différente impression. Trouver le mot juste n’est pas forcément évident.

  4. Weber dit :

    ADJECTIFS, MES CHERIS – Je l’avoue, je suis un amoureux des adjectifs. Ceux des autres et les miens. J’aime les choisir, les prononcer puis les écrire et enfin les lire. Je ne leur trouve rien de lourd et il me semble qu’ils sont doués d’un pouvoir évocateur… puissant. Peut être est-ce chez moi un vice que le lecteur ne partage pas et pardonne mal. Surtout aujourd’hui où en alternance avec les dialogues et les descriptions au style souvent télégraphique, de longues analyses, des monologues fouillés sont tellement appréciés. Oui, l’adjectif est  » la graisse du style  » (Hugo) mais sans graisse ne resterait plus au gourmet que le régime de la cuisine vapeur. Et c’est folie je trouve que de vouloir ériger la minceur en principe…

    • Marie-Adrienne Carrara dit :

      Bonjour

      Je n’érige pas la minceur en principe. Car de fait, à force de dégraisser, les mets n’ont plus de saveur. Je pointe juste du doigt de façon provocatrice qu’il faut veiller à ne pas graisser pour graisser. Pourquoi ajouter du gras, quand le met l’est déjà ? J’accompagne de nombreux auteurs et je peux vous garantir que des excès de graisse mal maitrisés mènent à des lourdeurs inutiles une fois sur deux. C’est ça que dit cet article, rien d’autre ! Bon dosage de graisse fera la saveur.
      Bien à vous

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Cochez pour afficher un lien vers votre dernier article