Tout sur les incises !

Partager :

Parfois nommée incise de narration, l’incise est une proposition qu’on introduit à l’intérieur ou à la fin d’une autre proposition afin de signaler qu’on rapporte les paroles ou les pensées d’une personne…

 

 

 

Ces incises se placent généralement après une virgule, un point d’interrogation ou un point d’exclamation.

Dit comme cela, tout paraît clair mais dans la pratique, on se perd un peu…

Voyons ce qu’il faut savoir pour présenter les incises

1 / Les règles de base de l’incise

 

a / Inversion  verbe/sujet

 

La 1re règle de l’incise à connaître, c’est l’inversion  verbe/sujet

 

—Je t’ai appelé au moins dix fois ! s’énerva Alban.

 

b / Règle typographique de l’incise

 
La 2e règle à connaitre, c’est que l’incise ne prend jamais de majuscule, quelle que soit la ponctuation qui précède ( ?, !, …) :

 

exemple :
—Je t’ai appelé au moins dix fois ! s’énerva Alban.

Et non,

—Je t’ai appelé au moins dix fois ! S’énerva Alban

 

c / L’ajout d’un « t » euphonique

 
La 3e règle consiste à ajouter un « t » afin d’assurer la liaison si et seulement si le verbe de l’incise finit par une voyelle

exemple :

—Quand comptes-tu rentrer ? demanda-t-elle
— Je n’ai aucune conviction politique, a-t-il déclaré.
En général, ces règles-là sont connues. Mais certaines autres peuvent se révéler plus complexes et l’on se perd parfois dans la façon d’écrire les incises. Voilà donc quelques éclaircissements.

 

d / Autre règle typographique de l’incise

 
Courte ou longue, l’incise qui coupe des paroles rapportées reste encadrée par des virgules

 

exemples :
—Je ne me soumettrais jamais, dit Jacques, même si je dois y laisser ma vie.
—Je ne me soumettrais jamais, dit Jacques tout en brandissant ses tracts contre l’occupant fraichement imprimés, même si je dois y laisser ma vie.

 

2 / Cas d’un personnage bavard et d’un long dialogue

 

L’affaire se complique quand nous faisons parler plusieurs fois de suite un même personnage dans un dialogue ou bien que ce dernier devient très bavard.

 

Quelles sont les règles ?

 

Primo, éviter de répéter le nom du personnage, ce qui alourdit considérablement le dialogue.

Comment faire ?

Varier les appellations pour éviter les répétitions.

Quelques pistes :

  • Si les personnages sont de sexe différents et qu’ils sont deux, utiliser les pronoms il et elle
  • désigner les personnes par leur fonction, leur statut, leur physique… :
    le directeur, le père de Pierre, le jeune homme,
  • utiliser les liens entre les personnes :
    lui répondit sa frère, indiqua le professeur, soupira sa femme
  • mettre le nom de l’interlocuteur précédent dans la réponse :
    — Mais cesse de penser à cette histoire Jeanne ! l’interpella sa meilleure amie
  • S’aider de la narration pour donner des indications identifiant l’auteur de la réplique :
    — C´est l’heure du repas ?
    Louise soupira : il était toujours le premier à réclamer…

 

Secundo, quand l’un des personnages devient trop bavard et se lance dans un dialogue long, peut-être serez-vous contraint de passer un paragraphe complet dans une réplique de dialogue.

Dans ce cas, il faudra introduire le second paragraphe d’une même réplique et tous les suivant par un guillemet ouvrant au début du nouveau paragraphe.

On sort ici un peu du cadre des incises mais je réponds ici à la question d’un lecteur du blog sur les dialogues..

Voyons un exemple pour mieux comprendre :

— Ah non, Jacques, lança Paul en se moquant, je suis sûr que tu n’arriveras pas à améliorer ton score.

— Mais qu’est-ce que tu crois ? s’énerva Jacques, vexé. Je m’entraine depuis des mois. Tous les soirs dès que je rentre du travail, je me change et file à la salle de sport pour de longues heures d’entrainement. Avant-hier soir, le coach sportif a même noté mes progrès fulgurants. D’ailleurs, il n’est pas le seul. Tous ceux avec lesquels je m’entraine chaque soir n’arrêtent pas de s’étonner. [Premier paragraphe d’une longue réplique]

« À la vérité, mon cher Paulot, je pense que tu es jaloux. Jaloux de mes progrès, jaloux de mes résultats. Tu te croyais le meilleur et tu te trompais. Il te reste à t’entrainer davantage et au lieu de faire le beau auprès des filles de la salle de muscu, tu ferais mieux de travailler tes pectoraux, tes biceps et tout le reste. Tu pourrais peut-être participer au championnat de Paris dans 3 mois. Mais t’inquiète, je ne t’en veux pas Paulot, tu restes mon pote. [En fait, ce second paragraphe et la fin de la longue réplique. Je l’ai coupé volontairement pour éviter à une réplique trop longue d’un personnage d’enlaidir une mise en page. Le guillemet ouvrant a donc servi à montrer que nous étions toujours dans le dialogue. Si nécessaire, vous pouvez ajouter autant de paragraphes que voulu. Chaque nouveau paragraphe sera introduit par un guillemet ouvrant]

— Jacques, tu es un sacré bonhomme ! répondit Paul, qui acquiesçait reconnaissant à l’égard de son ami et de sa franchise. [La longue réplique de Jacques est terminée, le tiret indique que c’est son interlocuteur Paulot qui a repris la parole]

 

 
Ces précisions faites, vous devriez maintenant vous sentir un peu plus à l’aise avec les incises.

 

À vos succès d’écriture…

15 commentaires

  1. Junior dit :

    Je m’ennuie un peu en lisant Le Vieil Homme et Mer. Il y a des « il dit » que ça déconnecte l’attention. Je me demandais alors pourquoi pour ces grands romans opte-t-on parfois pour ce genre d’incises ?

  2. Jean-Philippe dit :

    Personnellement, après une phrase de dialogue, j’essaie d’éviter au maximum les verbes du genre « dit-il », « l’interpella », « s’énerva », etc. Je trouve que cela alourdit le rythme. Un dialogue bien fait doit permettre au lecteur de sentir l’intention des protagonistes et de savoir qui parle. J’ai découvert cela en lisant certains grands auteurs et je trouve qu’ainsi, la lecture est tellement plus fluide. Mais pas facile à faire !

    En tout cas, merci beaucoup pour ces infos Marie-Adrienne. 😉
    Le dernier article de Jean-Philippe : C’est qui ce Jean-Louis Aubert ?My Profile

    • Marie-Adrienne Carrara dit :

      Bonjour Jean-Philippe

      Comme toi, je déteste les incises en fin de phrases. Un dialogue bien écrit ne nécessite pas forcément de recourir aux incises. Ni même de préciser qui parle. Cependant, cet article rappelle les règles quand on a besoin d’utiliser une incise. A force de faire et voir n’importe quoi, on finit par ne plus savoir quelles sont les règles de bases et la bonne utilisation.

      Bien à toi et bonne journée

  3. Virginie dit :

    Excellent article!! Merci encore de nous faire partager toutes ces subtilités. Une aide si précieuse.

  4. Bonjour, en tant que rédacteur pour un site internet je trouve l’article très intéressant. Je vais envoyer l’article à quelques amis.
    Merci

  5. girondeau dit :

    Merci pour cet éclairage qui comme les autres, tombe à point. Au plaisir de lire le prochain.

  6. Floriane dit :

    Bonjour Marie-Adrienne,

    En lisant certains romans à la première personne, on retrouve beaucoup de « dis-je » etc…
    Comment écrire correctement des incises à la première personne, faut-il rajouter un « é » comme pour « interpellé-je » ? Faut-il les bannir ?
    Un ami à moi m’a fait remarquer que ce style de narration était lourd (très lourd). Par conséquent, j’ai modifié mon écriture pour passer à la troisième personne. Toutefois, je reste curieuse de savoir ce qu’il faut faire dans ce genre de cas, si vous avez des conseils ?

    Merci !

    • Marie-Adrienne Carrara dit :

      Bonjour Floriane

      En effet, Danse-je… ou demande-je sont difficiles à prononcer. Pour faciliter la prononciation, quand le verbe, à la 1re personne du singulier du présent de l’indicatif ou de l’imparfait du subjonctif, se termine par la lettre e et qu’il est suivi du pronom sujet inversé je, alors le e final du verbe se change en é. (euphonie du verbe en é-je)

      Dansé-je aussi bien que lui ?
      Demandé-je en larmes.

      Ces formules sont lourdes ? Oui un peu, mais c’est de cette façon qu’elles s’écrivent.
      Ensuite, 1re personne ou 3e, mieux vaut éviter les incises qui alourdissent toujours un dialogue.

      Mes conseils : écrire son dialogue de façon à éviter au maximum les incises de fin de phrase. Attention : je ne dis pas bannir les incises. Mais faire un bon dosage. Une incise doit ajouter un plus au dialogue. C’est comme pour le reste, tout ce que vous écrivez doit servir, faire avancer l’histoire, préciser une scène, une attitude… En gros, pas de remplissage inutile. C’est lourd et ça saoule le lecteur.

      A vos succès d’écriture

  7. bonjour,
    puisqu’on parle de dialogue…Qui peut m’aider??
    j’ai envoyé un manuscrit à plusieurs éditeurs.
    l’un d’eux m’a répondu: histoire intéressante. style fluide. Mais dialogues qui manquent de piquant et de personnalité. Ils sont à revoir.
    je ne comprends pas la signification !!avez vous des idées?
    merci
    Thierry

  8. Camille dit :

    Bonjour,
    Personnellement, j’essaie de limiter le recours aux incises en les remplaçant par une phrase imageant le ressenti du personnage qui parle, parce que je trouve que les incises alourdissent le texte et certaines sonnent mal à l’oreille. exemple : « Demandè-je »

    Merci pour vos excellents articles qui sont autant de rappels nécessaires à nous qui avons la passion d’écrire
    Bonne journée

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Cochez pour afficher un lien vers votre dernier article