Stefan Zweig et le récit enchâssé

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stefan_zweigPourquoi vous parler de Stefan Zweig ?

D’abord parce que je suis une grande admiratrice de l’auteur et de son écriture ! Zweig est un immense écrivain. Son écriture est somptueuse. Humanité et sensibilité palpitent à chaque phrase. Et puis, j’adore sa maîtrise parfaite de la psychologie de ses personnages… Lire Zweig est un pur bonheur !

Si vous connaissez l’auteur, vous comprendrez certainement bien mon admiration.

Si vous ne connaissez pas, je vous recommande de le découvrir de toute urgence. Il reste de surcroît très actuel.

La deuxième raison, c’est parce qu’il recourt souvent dans ses nouvelles à une technique littéraire qu’il est bon de connaitre : le récit enchâssé.

Quelques mots à propos de Stefan Zweig

 

Né à Vienne en 1881, fils d’un industriel, Stefan Zweig étudie es belles-lettres, l’histoire et la philosophie. Grand humaniste, ami de Romain Rolland, d’Émile Verhaeren et de Sigmund Freud. Vers 1915, il se marie avec Friederike von Winternitz et quitte Vienne en 1919. Il s’installe à Salzbourg, d’où il écrit beaucoup de ses nouvelles les plus célèbres.

Désespéré par la montée du nazisme, il fuit l’Autriche en 1934, se réfugie en Angleterre puis aux États-Unis. En 1938, il divorce de Friederike et se remarie avec une jeune secrétaire anglaise, Charlotte Lotte Elizabeth Altmann.

En 1942, il se suicide avec sa femme à Petrópolis, au Brésil.

Zweig a exercé son talent dans tous les genres (traductions, poèmes, roman, pièces de théâtre) mais a surtout excellé dans l’art de la nouvelle (La Confusion des sentiments, Vingt-quatre heures de la vie d’une femme (roman déjà évoqué sur le blog), Amok, Lettre d’une inconnue, Clarissa, La peur, Brûlant secret, Le voyage dans le passé, Soupçon légitime (et tellement d’autres…), l’essai et la biographie (Marie-Antoinette, Fouché, Magellan…)

 

 

Dominique Bona a écrit une très belle biographie de Stefan Zweig.

Écoutez-la dans cette courte vidéo (3’19)

 

 

La technique du récit enchâssé

 

Cette technique implique la présence de deux récits : un enchâssé et un enchâssant. Le récit enchâssant sert de cadre au second.

Exemple : un personnage arrive dans un village et rencontre une vieille femme (ça c’est le récit enchâssant qui sert de cadre.)

La vieille femme commence à lui raconter l’histoire d’un homme étrange qui était marin (ce récit-là est le récit enchâssé).

Lorsque la femme a fini son histoire, le personnage quitte le village (retour au récit « cadre »).

 

Cette technique de récits enchassés-enchassants était déjà beaucoup utilisée dans les romans du 17e (L’Astrée), les contes philosophiques du 18e (Candide) et les recueils de Nouvelles (le Décameron).

 

Quel est l’intérêt de cette technique ?

 

Elle permet

  • d’élaborer des récits plus complexes
  • de développer des intrigues secondaires à l’intérieur de l’intrigue principale.

Cette technique est un atout pour le récit qui sort du schéma traditionnel et apporte une note jouissive supplémentaire à la lecture. La technique est efficace. N’hésitez donc pas à y recourir.

Vous pourrez la retrouver dans les livres suivants de Zweig :

  • Le Joueur d’échecs : le roman comprend deux récits enchâssés, centrés sur les deux personnages principaux, le champion d’échecs, Mirko Czentovic, et son adversaire, M.B…
  • Vingt-quatre heures de la vie d’une femme : en quelques pages, ce roman révèle tout le génie de Zweig : un récit enchâssé, une histoire d’amour particulier, une histoire de passion… d’obsession ! Le tout agrémenté d’une très belle plume …

 

Vous l’avez compris… J’adore Stefan Zweig. Et je n’ai certainement pas fini de vous en parler.

Enfin, Zweig n’est bien sûr pas le seul à utiliser la technique d’enchâssement, la littérature ne manque pas d’exemple.

D’ailleurs en voilà d’autres :
Les Mille et une nuits. C’est le type même des récits enchâssés : un récit cadre dans lequel s’enchâssent d’autres histoires qui ont ou non des points communs.
ALLAIS A., Une mort bizarre : fausse nouvelle fantastique, avec un récit dans le récit.
BUZZATI D., Nuit d’hiver à Philadelphie : alternance entre les pensées d’un alpiniste en danger dans les Alpes et le récit de la patrouille qui recherche, bien après, son corps.
CALVINO Italo, Si par une nuit d’hiver un voyageur. Le narrateur fait alterner des fragments de sa vie et des fragments de romans inachevés qui sont un inventaire des divers genres romanesques. Un régal !
CORTAZAR J., Continuité des parcs, Les Armes secrètes, 1959 : une nouvelle brève avec deux niveaux de fiction.
DAUDET A., L’agonie de la Sémillante, Lettres de mon moulin, 1869. De décembre 1863 à janvier 1864, Alphonse Daudet accomplit un voyage en Corse. Il en retire quatre récits qui figurent dans « Lettres de mon moulin » dont « L’agonie de la Sémillante » qui transport des troupes en route pour la Crimée et qui le 15 février 1855 fit naufrage sur les récifs des îles Lavezzi, au sud de la Corse, ne laissant aucun survivant

Cette nouvelle permet d’étudier l’enchâssement des récits et la différence entre temps de la narration et temps de la fiction, voire la différence entre drame et tragédie (drame de la mer : tragédie avec la fatalité qui poursuit certains marins, déjà naufragés et rescapés puis morts dans la Sémillante).

 

Téléchargez L’agonie de la Sémillante…
et savourez les doigts de pied en éventail !

 

DIDEROT D., Jacques le fataliste et son maître. Un roman avec plusieurs récits enchâssés.
MAUPASSANT (de) G., La rempailleuse, La Chevelure ».De nombreuses autres nouvelles de Maupassant présentent des récits enchâssés, notamment dans les Contes du jour et de la nuit.
NAVARRE (de) M., L’Heptaméron.
POE E., Le portrait ovale.
SAUMONT A., Anniversaire, issu du recueil Noir comme d’habitude

 

Pour finir, lisez et étudiez donc cette technique du récit enchâssé. Après, c’est à vous de jouer… plutôt d’écrire ! Avec des intrigues plus complexes vous « baladerez » à souhait votre lecteur pour son plus grand plaisir.

Le récit enchâssé n’est pas la seule technique pour complexifier un récit. J’ai déjà évoqué l’analepse autrement dit le retour en arrière ou la prolepse c’est-à-dire l’anticipation. Lisez l’article ici

Mais pour régaler son lecteur, l’auteur dispose d’autres outils dans sa caisse…je vous en parle une autre fois.

 À vos succès d’écriture…

 

2 commentaires

  1. Eric dit :

    Merci ! vos articles sont de plus en plus précieux et… attendus.

    • Marie-Adrienne Carrara dit :

      Merci Eric !
      Je prends doucement mes marques et j’attends des lecteurs qu’ils me guident.
      Qu’ils me parlent de leurs attentes, de leurs besoins.

      A bientôt

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