Romans sur ordonnance

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À la lecture du thème du 3e événement inter-blogueurs (le thème : Dans votre spécialité, proposez les techniques, les clés ou les outils pratiques qui peuvent favoriser, améliorer voire révolutionner les relations humaines) initié par Yvon Cavelier du blog Copywriting-pratique.com, ,j’ai aussitôt pensé à la vertu de l’écriture pour améliorer ou favoriser les relations entre les gens et soi-même. Pourquoi l’écriture ? Parce que je la pratique au quotidien dans mon métier d’écrivain biographe. Et je sais quelle vertu l’écriture peut avoir.

Quand on pense à l’écriture, on pense immédiatement aux écrivains et aux livres qu’ils écrivent. Dans un premier temps, je vais aborder un concept méconnu en France : la bibliothérapie. Dans une seconde partie, j’évoquerai comment écrire sa vie peut vous changer vous mais aussi votre entourage.

Naissance de la bibliothérapie

En 1916, dans un hôpital militaire d’Alabama, les médecins décident d’utiliser des livres pour soulager les troubles psychologiques des militaires de la Grande Guerre. L’expérience est une réussite ; les patients se sentent mieux et soulagés.

C’est ainsi que naît la bibliothérapie (du grec biblios – livre – et therapeuien – soigner -) aux États-Unis, puis en Angleterre. Ce mot est rare dans les dictionnaires français et les seules définitions existantes sont sommaires ou floues. Certains se limitent à la mention « traitement par le livre de certaines maladies mentales ».

À qui s’adresse la bibliothérapie ?

Cette définition nous incite à penser que la bibliothérapie serait plutôt dirigée vers le malade psychiatrique. Aux États-Unis, les études sont nombreuses où l’on voit des psychologues aboutir à des résultats satisfaisants, fruits de collaborations étroites entre patients et équipes soignantes. Sans se substituer à une autre thérapie, déprimés, névrosés, psychotiques bénéficient de la bibliothérapie en appoint.

La bibliothérapie est également utilisée auprès de certains groupes sociaux en « difficulté de vie : enfants confrontés à des déstructurations familiales, personnes âgées ou souffrant de légers handicaps… À ceux-là, peuvent s’ajouter des publics incarcérés, ainsi que des groupes de drogués ou d’alcooliques. Des observations très précises ont pu être faites dans une prison d’Illinois, à partir de volontaires. Elles tendent à démontrer que la bibliothérapie change positivement l’idée qu’ont d’eux-mêmes les prisonniers.

Les self-help books

Face aux difficultés de vie, une très grave maladie, la perte d’un être cher ou un divorce, les Anglo-Saxons s’organisent ! Depuis une vingtaine d’années, on assiste, en effet, au phénomène du self-help. Un concept difficile à traduire. De nombreux groupes de « non-professionnels » se sont créés pour s’entraider, à l’affût d’informations précises sur « comment s’en sortir soi-même ». Une profusion éditoriale, les self-help books, a découlé de ce phénomène engendrant une littérature « grand public » sur des sujets spécifiques (juridiques, médicaux, etc.), ouvrages-guides où des conseils de toutes sortes sont prodigués. Ce sont ces types d’ouvrages qui peuvent être prescrits dans le cadre de la bibliothérapie. On y trouve tout pour lutter contre l’alcoolisme, la dépression, le tabagisme, l’obésité…

De telles études n’existent pas en France. Le Dr G. Federmann a bien été le premier médecin à découvrir et analyser l’importance du livre en milieu psychiatrique. Mais peu de ses pairs ont suivi cette voie… Dommage quand on pense que cette médication inédite est loin d’être neuve. Elle est pratiquée depuis plus de 200 ans au Pennsylvania Hospital aux États-Unis.

En France, la littérature dite « psychologique », essais et guides pratiques de développement personnel, a envahi les librairies depuis maintenant une vingtaine d’années. Parmi eux, les livres de Jacques Salomé, Christophe André, Catherine Bensaïd ou encore Boris Cyrulnik, Maryse Vaillant…

Mais ces guides de vie ne sont pas les seuls « livres thérapeutes ». Un roman, un conte, un poème… peuvent aussi nous aider, nous guider, nous éclairer, au point que la bibliothérapie est aujourd’hui considérée comme une « thérapie d’appoint ».

En 2008,  le philosophe journaliste et écrivain suisse Alain de Botton ouvre la School of Life dans le quartier de Bloomsbury à Londres. L’établissement est bien connu des Londoniens pour les différents programmes et ateliers de connaissance de soi qu’elle propose. La bibliothérapie est le nouveau service mis au point dans le centre. Avec plus de 500 consultations depuis l’ouverture, cette activité fait un tabac.  Loin de s’adresser uniquement aux malades, la bibliothérapie peut-être un véritable passeport pour les biens portants afin de partir à la conquête de soi, des autres et du monde.

Comment ça marche ? Vous remplissez un questionnaire détaillé sur vos habitudes de lecture, mais précisant aussi vos aspirations et préoccupations. Puis pour 70 £ (environ 80 euros) vous en discutez en « séance » de 40 minutes, en face à face ou au téléphone, avec une « bibliothérapeute ». Quelques jours après, vous recevez une « prescription » de huit ouvrages, de fiction principalement. Une cure facile à suivre et à faire en cure chez soi, dans son lit, dans le métro.

À l’origine de cette démarche, il y a la conviction qu’un bon roman vaut tous les livres de développement personnel et leurs recettes parfois simplistes. Dans un roman, on trouve un écho plus profond et plus durable aux vicissitudes de notre propre existence. On parvient à les mettre en perspective, en épousant tour à tour le point de vue de différents personnages, en explorant avec eux des milieux ou des contrées diverses. Sans compter qu’un héros de papier à l’infinie capacité de résilience nous communique, souvent, une énergie nouvelle. Reste à trouver le bon livre… au bon moment.

Quelques prescriptions littéraires

Bien sûr, chaque prescription est unique. Il n’empêche que, de consultation en consultation, les bibliothérapeutes se sont constitué une sorte de pharmacie de base, pour parer aux plus fréquents bobos :

Un classique antiroutine conjugale :

La Chambre des loups, d’Angela Carter, recueil de contes de fées pour adultes, teintés à la fois d’érotisme et de féminisme.

En cas d’errements professionnels:

Splendeurs et misères du travail, d’Alain de Botton.

Le boulot est-il censé nous épanouir ? Et, si oui, comment y parvenir ?

Spécial crise de la quarantaine et questions existentielles diverses :

Le Faiseur de pluie, de Saul Bellow,

ou Le Voyage de l’éléphant, de José Saramago.

Deux récits initiatiques signés par deux Prix Nobel.

Ou Replay de Ken Grimwood… Un voyage avec de nombreux replay

Pour tout oublier pendant quelques heures :

L’Ombre du vent, de Carlos Ruiz Zafon, thriller littéraire et gothique dans le Barcelone d’après-guerre ;

ou L’Asile, de Patrick McGrath : passion, folie et peinture des conventions sociales dans un hôpital psychiatrique de l’Amérique des années 1950.

Ou encore Noces à Tipasa d’Albert Camus

Si l’on vient de vivre un deuil :

On peut préférer un livre dans lequel reconnaître son expérience

L’enfant éternel de Philippe Forest

Ou trouver de l’élan chez le poète Henri Michaux Poteaux d’angle

Si l’on est malade

La couleur des sentiments de Kathryn Stockett, parce que le livre est très romanesque et surtout facile à lire.

Les vrilles de la vigne de Colette. L’auteur se livre sur son enfance, sensuelle et affective

La question qui vient presque aussitôt : A-t-on vraiment besoin d’une séance à 70 livres sterling pour ça ? L’idée de passer par un intermédiaire rétribué pour trouver son bonheur en librairie a de quoi surprendre. Car de la bibliothérapie, votre libraire en fait sans le savoir quand il déniche le livre qui consolera votre fille de son chien. Mais aussi votre meilleure amie, quand elle soigne votre coup de blues à coups du dernier bouquin qu’elle a dévoré… Mais une séance dédiée, c’est autre chose. La première étape, par écrit, oblige à se poser des questions inédites et tout sauf anodines :

  • Pourquoi lisez-vous ?
  • Quels livres ont marqué votre enfance ?
  • Qu’est-ce qui manque à votre vie ?
  • Comment vous voyez-vous dans dix ans ?…

C’est long, impliquant et perturbant. Mais le questionnaire est solide, la consultation sérieuse et les résultats… éloquents !

S’échapper par la fiction pour se sentir mieux, la recette n’a finalement rien d’extraordinaire. Mais elle revient à considérer qu’on peut puiser dans la lecture autant de bienfaits que dans n’importe quelle autre médecine douce.

Si le sujet vous intéresse, deux sites à consulter :

http://www.theschooloflife.com/

en France… http://www.bibliotherapie.fr/

Cet article participe à l’évènement inter-blogueurs « Rapports humains » organisé par le blog Copywriting Pratique. Si vous avez lu cet article et qu’il vous a plu, alors merci de cliquer sur ce lien : J’ai aimé ce que j’ai lu !

17 commentaires

  1. catherine dit :

    cool!!! bravo pour cette nouvelle ordonnace 100% naturelle… je pense que je l’ai expérimenté à plein de périodes de ma vie sans le savoir , de nombreux livres m’ont effectivement accompagnés et m’ont portés et fait m’évader…

    • Marie-Adrienne Carrara dit :

      Catherine merci pour ton commentaire. J’ai toujours beaucoup trouvé dans les livres. On ne mesure pas suffisamment la force des mots. Parfois, la lecture d’un livre peut changer une vie, la rendre plus douce, plus riche ou montrer un autre chemin. Alors, lisons !

  2. PRINCE Antoinette dit :

    Une ordonnance qui ne peut faire que du bien (pas d’effets secondaires nocifs!!) la lecture en effet a des effets très apaisants , selon le choix du livre. Bravo pour cette ordonnance.

    • Marie-Adrienne Carrara dit :

      Merci pour le commentaire. Ce qui est bien avec les livres c’est que l’on peut consommer sans modération et si en plus ils pansent les plaies… alors pourquoi se priver ?
      Merci de ton intérêt pour cet article. A bientôt

  3. Emmanuelle dit :

    Très bon article, instructif. J’ai lu Salomé, ce genre de livres qui ne tombent jamais par hasard entre nos mains. Nombre de livres sont thérapeutiques, mais je découvre le versant scientifique aux Etats-Unis, pourquoi n’est-ce pas utilisé en France dans les mêmes proportions?
    Merci pour les références, je note !

    • Marie-Adrienne Carrara dit :

      Bonjour Emmanuelle

      Merci de votre visite sur mon blog.
      Pourquoi le principe n’est pas utilisé en France ? Vaste question et je n’ai pas de réponse. Ce qui est étonnant c’est que la musique est déjà utilisée dans certains traitements. Alors je me demande pourquoi on refuse d’utiliser la bibliothérapie non miraculeuse mais douce !
      A bientôt

  4. Marie-Do dit :

    Coucou Marie-Adrienne,

    Depuis toute petite j’ai toujours trouvé refuge dans les livres lorsque j’étais malheureuses ou lorsque j’avais des soucis. Le fait de toucher le livre, de tourner ses pages me procuraient une sorte de réconfort. Je rentrais dans un autre monde dans lequel la plupart du temps je m’identifiais au héros.
    Maintenant c’est différent, j’y trouve des réponses, je m’évade, j’oublie tout quand je lis, mais quelquefois le retour sur terre est difficile.
    Ce qui est dommage c’est que j’ai essayé de transmettre cette passion à mes 3 garçons, peine perdue (la faute aux consoles vidéos !)
    En tout cas merci pour cette ordonnance.

    Amicalement
    Marie-DO

    • Marie-Adrienne Carrara dit :

      Salut Marie-Do

      Je suis contente de ta visite sur mon blog (car je suis le tien régulièrement) et je t’en remercie. Je suis maman de deux ados et comme toi je reste démunie devant leur peu d’intérêt pour la lecture. De temps en temps, j’arrive à glisser une référence qu’ils daignent découvrir mais c’est assez rare, je dois l’avouer. Enfin restons positives… ils y viendront certainement !
      A bientôt

  5. Marie dit :

    Bravo pour cet article ! J’ai souvent parlé aussi de bibliothérapie sur mon blogue! Passionnée par les livres, je suis convaincue qu’ils peuvent réellement nous aider à passer à travers certains moments plus ou moins difficiles de nos vies. J’avais un jour été fascinée à la lecture d’un article sur une blogueuse américaine (Nina Sankovitch) qui pendant un an, avait décidé de lire un livre par jour et d’en parler sur son blogue. Elle était au chômage, vivait un vide immense suite au décès de sa soeur, sa vie partait en vrille… Un livre par jour, c’est probablement un peu drastique comme défi, convenons en, mais plus efficace que du Prozac sans doute car sa vie s’en est trouvée transformée.

    Inutile de dire que je suis une fan finie de la bibliothérapie !

    Une bonne journée à toi ! Je découvre ton blogue et déjà, je l’adopte !

    Marie

    • Marie-Adrienne Carrara dit :

      Marie,

      je te remercie pour ton commentaire enthousiaste.Je suis heureuse que mon blog te plaise et espère t’y retrouver souvent. C’est vraiment exaltant de pouvoir partager avec d’autres.

      Je reste convaincue qu’un livre peut aider. Au moins accompagner et je regrette vraiment que nos jeunes (je suis maman de 2 enfants) n’y recourent pas davantage. Enfin comme je disais à Marie-Do, ils y viendront peut-être plus tard.

      A une période de ma vie, j’ai lu aussi un livre par jour. Je m’ennuyais en classe que j’avais trouvé cette parade pour passer le temps. Mais je ne compte plus les fois où les professeurs m’ont sortie du cours !

      Je t’envoie toute ma sympathie.
      A bientôt… pour d’autres articles.

  6. Madeleine dit :

    Bonjour Marie,

    J’ai aimé ce que j’ai lu. C’est une découverte pour moi et pourtant je la pratique depuis longtemps.
    Quand aux bienfaits de l’écriture, je ne peux que témoigner des fruits qu’elle apporte.
    J’ai aimé la manière limpide avec laquelle est traitée un sujet très sérieux et les pistes qui sont apportées.
    Je me réjouis de lire la suite.
    A bientôt.

    • Marie-Adrienne Carrara dit :

      Madeleine

      Bienvenue sur mon blog et merci d’être venue.
      Suis contente que tu aies apprécié l’article.
      Tu devrais apprécier autant la deuxième partie de l’article qui traite autrement des bienfaits de l’écriture.
      A bientôt

  7. Brenda dit :

    Bonjour Marie Adrienne,

    J’ai apprécié cet article de qualité, et qui plus est très interpelant !

    Etant à la fois thérapeute et auteur, je partage l’idée de la valeur thérapeutique de la lecture, tout comme de l’écriture.

    Je travaille sur un roman initiatique, et en approfondissant mes recherches, j’ai
    découvert les raisons qui font de ce type de livre un excellent outil thérapeutique. L’identification au « héros » et à son parcours nous aide dans notre propre cheminement, car les archétypes universels résonnent en nous à travers la lecture.

    En cela, la forme du roman, qui parle à notre imaginaire, à notre inconscient, va plus en profondeur qu’un guide de développement personnel qui sera abordé de façon plus cérébrale, au risque de nous couper de l’inconscient, et ses messages intuitifs.

    Merci pour ce bel article qui mérite d’être connu, je clique !

    Amicalement,

    • Marie-Adrienne Carrara dit :

      Brenda

      Merci de votre intérêt pour cet article.

      Après la valeur thérapeutique de la lecture de cette 1ère partie d’article, j’évoque celle de l’écriture dans la 2e partie à paraitre dans un ebook qui rassemblera l’intégralité des articles des participants à cet événement inter-blogueurs. J’y évoque là mon métier d’écrivain biographe. J’écris des récits de vie, des livres (majoritairement) réservés à un usage personnel. Pour les raconteurs au parcours parfois très chahuté, ce travail d’écriture que nous menons ensemble se révèle une véritable thérapie. Je me souviens d’une raconteuse qui en racontant son mari décédé réussit à faire enfin son deuil. D’un monsieur âgé en baisse d’énergie qui s’est trouvé complètement reboosté par ce travail de mémoire qui lui a permis de redonner un sens à sa vie. On mesure encore trop insuffisamment les vertus de la lecture et de l’écriture.

      Je vous souhaite bon courage pour l’écriture de votre roman initiatique.
      Cordialement

  8. Didier dit :

    Bonjour Marie-Adrienne
    Je viens de découvrir ton blog, j’aime beaucoup de par son originalité, son ton et sa simplicité.
    Merci de cette découverte que je retiens.
    Bien à toi Didier

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