Passé ou présent pour votre roman ? (2)

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Pour composer son récit, l’auteur dispose d’un grand choix. La seule règle qu’il doit respecter : garder la cohérence tout au long de son histoire. Et là, justement, les problèmes commencent…

 

 

 

 

 

Car une histoire se déroule à un temps donné. Il y a dix ans. Sur une durée de trois mois ou quatre jours. Une situation initiale a eu lieu avant la situation finale. Et cette dernière a donné lieu à une série d’événements, qui se sont écoulés dans l’ordre chronologique.

 

La temporalité narrative, une préoccupation d’auteur

Le temps de la narration est une dimension fondamentale du roman. On peut recourir au passé ou  présent.

 

Raconter au passé

 

Si un narrateur raconte son histoire au passé, c’est qu’il se place d’une manière ultérieure à l’action, et qu’il est donc apte à retracer toute l’histoire dans l’ordre qu’il souhaite parce que le temps où il raconte l’histoire n’est pas le même que le temps de l’histoire. Dès lors, il va utiliser les différents temps du passé afin de donner un aspect accompli ou inaccompli à l’action.

Le passé simple est le temps des actions achevées ou accomplies. Chaque action est précisément délimitée dans le temps, elles peuvent se succéder. C’est la raison pour laquelle le passé simple est aussi appelé passé de narration : il permet de raconter d’une manière naturelle et évidente des actions qui ont lieu les unes après les autres.

L’imparfait, quant à lui, décrit des actions longues, en cours, inachevées. C’est pourquoi on dit de l’imparfait qu’il est le temps de la description : ce qui est décrit a encore des répercussions dans le présent. L’action n’a souvent ni début ni fin précises. Le narrateur raconte aussi des actions simultanées ou mêlées à l’imparfait, pour les mêmes raisons, tout comme les actions répétitives.

Le passé composé a la même valeur que le passé simple. Il marque l’antériorité d’une action sur une autre. Le fait qu’il s’agisse d’un temps composé est d’ailleurs une marque d’accomplissement.

 

Raconter au présent

 

Le narrateur peut aussi raconter l’histoire au présent.

On distingue cinq valeurs du présent de l’indicatif :
1 / Le présent d’énonciation ou d’actualité : Le présent est utilisé pour exprimer des faits qui se produisent au moment où l’on parle

Ex : Je suis chez mes amis. // Je lis un roman policier. // Je marche et je rêve.

2 / Le présent de narration : il rend l’action plus vivante et donne une impression de “direct” alors que les faits appartiennent au passé.

Ex : Un soir d’hiver, un étrange personnage frappe à la porte de la maison. //  Il décide de partir seul à la recherche de son ami.

3 / Le présent de vérité générale : on l’emploie pour énoncer des faits toujours valables.

Ex : La lune est un satellite de la Terre.// Le soleil se lève à l’est

4 / Le présent peut exprimer le passé proche ou le futur proche

Ex : Je rentre dans la soirée. –> futur proche // J’arrive tout juste du travail. –> passé proche

5 / Le présent peut exprimer des faits qui se répètent habituellement : c’est le présent de répétition ou présent duratif

Ex : Il se lève tous les jours à cinq heures. (présent de répétition) // Cela fait des mois qu’il pleut. (présent duratif)

 

Le présent endosse donc plusieurs aspects. Il peut signifier des actions ponctuelles, qui ont lieu ici et maintenant. Mais il peut raconter des actions passées accomplies ou exprimer du duratif, à savoir des actions qui sont inaccomplies, tout comme l’imparfait.

 

Les 4 avantages d’utiliser le présent

 

Voici 4 raisons pour lesquelles vous pouvez choisir d’utiliser le présent dans votre roman :

1 / Le présent donne un rendu cinématographique à la narration

De fait, le présent rend l’action plus vivante, et donne une impression de “direct”. N’est-il pas le temps du scénario ?
2 / Le présent intensifie les émotions

Le présent donne au lecteur le sentiment de vivre lui-même l’histoire. Il peut donc s’identifier très facilement. Vivre plus intensément l’histoire, et ressentir davantage les émotions.

3 / Le présent se combine très bien au point de vue interne

En effet, le présent et le point de vue interne servent tous les deux à rendre un récit au plus près du lecteur.

4 / Le présent est le temps idéal des histoires à laps de temps court

Le présent se prête très bien aux histoires qui se déroulent sur un laps de temps court. Vingt-quatre heures, par exemple, parce que tout est dit en temps réel, et il est difficile de faire des transitions et des sauts dans le temps.

 

Les 4 inconvénients d’utiliser le présent

 

Si utiliser le présent offre des avantages, gardez bien à l’esprit, qu’il possède aussi des inconvénients.

Voici 4 bonnes raisons de préférer le passé :

1 / Certains lecteurs détestent le présent

La raison principale d’éviter le présent est que certains lecteurs le détestent.

Philip Pullman dit :

« Ce qui me déplaît dans le récit temps au présent est sa gamme limitée d’expressivité. Je me sens oppressé, toujours pressé par l’immédiat ».

Alors auteurs, attention : si vous écrivez au présent, sachez que certains lecteurs risquent d’ignorer votre livre du seul fait de son temps. De ce fait, le passé semble un choix plus sûr.

2 / Le présent, moins souple, limite les variations dans le temps

L’inconvénient du présent est qu’il plonge dans une actualité perpétuelle. En gros on vit les événements comme ils se produisent, et en ce sens, il peut être difficile de se désengager de l’instant toujours présent et de passer à des événements futurs.

Enfermé dans le présent, vous êtes limité dans votre capacité à vous déplacer librement dans le temps. Si vous souhaitez plus de flexibilité pour naviguer dans le temps, choisissez le passé.

3 / Le présent donne l’apparence d’une facilité narrative

Si le présent se révèle finalement moins souple que le passé, on comprend vite qu’il n’est alors pas si facile à utiliser qu’on l’imagine.

Beaucoup d’écrivains optent pour le présent par facilité. Disons qu’ils sont si convaincus de sa facilité qu’au moment de choisir le temps de leur récit, ils s’orientent spontanément sur le présent.

Si vous débutez dans l’écriture d’une fiction, ou si vous êtes à la recherche d’un temps plus simple à gérer, je vous conseille le passé.

4 / Pas ou peu de narration

Bien que le présent donne un effet cinématographique à votre récit, cet avantage peut vite devenir un inconvénient pour la narration qui se trouvera limitée. D’autant que les écrivains disposent de plus d’astuces narratives que les cinéastes. Les écrivains peuvent entrer dans la tête de leurs personnages, aller et venir librement dans le temps (analepse, prolepse et ellipse), parler directement au lecteur, et plus encore. Le présent prive un peu votre sac à malices de la plupart de ces options.

 

Alors Présent ou Passé pour votre roman ?

 

Comme vous l’avez vu, le présent a ses avantages et ses inconvénients.

Si vous écrivez un roman d’un point de vue interne et une histoire qui se déroule sur quelques jours, le présent peut être un choix tout à fait judicieux.

Mais si votre histoire se déroule sur plusieurs années, recourt à de nombreux points de vue des personnages, et met davantage l’accent sur la narration, le passé est votre meilleur pari.

 

Cet article poussera certainement à réfléchir un peu plus au temps de votre histoire.

À vos succès d’écriture…

8 commentaires

  1. Chris dit :

    Article à lire et à relire pour bien l’assimiler.
    Lorsque j’écris, je mélange parfois les temps du présent et du passé, selon l’action. Il m’arrive de transformer le temps d’un chapitre pour « l’entendre dans ma tête ». C’est une méthode pas forcément à conseiller, mais je conserve celle qui me convient le mieux.

    • Marie-Adrienne Carrara dit :

      Bonjour

      Oui la temporalité de l’histoire est une dimension importante.
      Mieux que de l’entendre dans votre tête… lisez votre texte à haute voix. Vous entendrez tout de suite ce qui ne va pas.
      Bon courage

  2. Damien N dit :

    Bonjour Madame Carrara.

    Le présent est il préjudiciable à la narration? N’apporte t’il pas au contraire un peu plus de « punch » au récit?
    Je pose la question car je suis en ce moment sur une histoire au présent.

    Merci encore pour vos articles toujours très interessant.

    • Marie-Adrienne Carrara dit :

      Bonjour

      Je n’ai jamais dit qu’il ne fallait pas utiliser le présent. Écrire au présent offre des avantages mais aussi des inconvénients. C’était un des point abordé dans l’article. On peut être tenté d’utiliser le présent simplement parce qu’il est plus facile à gérer que le passé. Alors, oui, le présent apporte du punch dans un récit mais l’article voulait montrer la contrepartie de son utilisation.

      Cordialement

  3. Jean-Paul Robert dit :

    J’écris actuellement mon quatrième roman (bien que le troisième ne soit pas encore achevé). C’est un récit à peu près autobiographique qui raconte quatre années vécues en Égypte entre 2000 et 2005. J’ai fait le choix du présent et pour l’instant, j’en suis sans doute à la moitié,ce choix me semble pertinent. Or à la lecture de ces intéressantes remarques je devrais avoir tout lieu de m’en inquiéter.
    Pourtant, raconter au présent, même 15 ans plus tard, les événements qui se sont greffés autour d’un triste 11 septembre, pour ne citer que cet exemple, me semble apporter plus de vécu et de valeur narrative au lecteur.
    Encore merci pour vos publications, toujours aussi pertinentes.

  4. Francoise dit :

    Bonjour,

    J’ai par le passé déjà eu l’occasion de lire un livre au présent, où le personnage principal nous relate ses pensées, ses désirs et ces peurs.
    J’ai adoré! Moi lecteur je me suis plongée dans l’histoire avec l’impression que c’était moi qui la vivait page après page.

    Merci pour ce post

  5. Bonsoir, Marie-Adrienne.
    Concernant les temps de la narration, votre nouvel article fait le tour complet de la question. Personnellement, je préfère le passé simple, comme on peut le voir sur mon blog. Philip Pullman a bien raison, je suis gêné aux entournures, si j’écris au présent. Pourtant, on sait le succès universel de « Cinquante nuances de Grey » écrit au présent.
    Merci de votre constance à éclairer les écrivains un herbe, et d’autres qui en tirent aussi profit.

  6. monique squarciafico dit :

    Bonjour Marie-Adrienne,
    Merci pour tous ces bons conseils que j’imprime automatiquement pour les relire souvent. J’écris beaucoup d’histoires et en fait, c’est mon oreille qui me dicte les temps qu’il faut employer. Le fait de lire tout haut mes textes m’aide pour une meilleure compréhensibilité.
    Bien à vous !

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