Passé ou présent pour votre roman ? (1)

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watch-279813_960_720Une des premières décisions à prendre quand vous écrivez un roman ou une courte histoire est le temps à utiliser. Deux options existent : passé ou présent.

 

 

 

 

Alors quel temps choisir pour votre roman ?

* Le futur est techniquement possible, mais si rarement utilisé dans les fictions que nous ne l’évoquerons pas ici.

Quelle est la différence entre le présent et passé ?

 

Le présent est utilisé pour exprimer une action en même temps qu’elle a lieu.

Dans la fiction, une histoire au passé relate ​​les événements qui se sont déjà produits.

 

Choisissez entre passé et présent avant de commencer à écrire votre roman

 

L’erreur commune aux auteurs qui se lancent dans leur première fiction, c’est d’alterner entre présent et passé faute de réflexion et de maîtrise.

Malheureusement, changer le temps à mi-chemin du travail d’écriture est assez compliqué et oblige à un travail fastidieux.

Voilà pourquoi il est si important de bien choisir entre passé et présent avant de commencer à écrire votre roman

Alors, gardez bien à l’esprit ces conseils. Ils serviront de ressource dans la préparation à votre prochain roman.

Présent ou Passé sont bons

 

Le passé est de loin le temps le plus fréquemment utilisé. Si vous écrivez un roman de fiction ou de non-fiction et que vous ne n’arrivez pas à trancher sur le temps à utiliser, optez pour le passé.

Pourquoi ?

Il y a plusieurs raisons.

Le passé reste la norme des romans. Lire des histoires au passé est donc normal dans la tête du lecteur. Certains lecteurs ne conçoivent d’ailleurs pas de lire un roman s’il est écrit au présent.

Cela étant, d’un point de vue technique, le présent est tout à fait utilisable. Et  il n’y a rien de mal à y recourir même s’il en agace certains.

Il a d’ailleurs été maintes fois utilisé au cours des siècles, et il n’y a donc aucune raison de ne pas l’utiliser si vous le souhaitez.

Les détracteurs de l’écriture au présent sont nombreux. En 2010, Philip Pullman, auteur de la série À la Croisée des mondes, avait ouvertement critiqué l’utilisation de plus en plus fréquente du présent chez les nouveaux auteurs. Il lui reproche son manque de profondeur. Sa gamme limitée d’expressivité. Et la pression constante engendrée par l’actualité perpétuelle. Il qualifie l’utilisation du présent comme une abdication de responsabilité narrative.

Pour ceux que ça intéresse, voilà le lien pour l’article du Guardian (Désolée, c’est en anglais!) http://www.theguardian.com/global/2010/sep/18/philip-pullman-author-present-tense

D’autres avancent que c’est juste une mode et qu’elle passera.

Les détracteurs ont le droit d’avoir leur avis sur l’utilisation du présent mais dire que c’est une mode qui passera, certainement pas ! Ils sont même loin de la réalité car l’utilisation du présent relève d’une longue tradition.

Voici plusieurs exemples très connus de romans entièrement rédigés au présent.

 

Hunger games et autres exemples de romans écrits au présent

 

La trilogie Hunger Games est l’un des exemples récents les plus populaires de romans entièrement écrit au présent.

 

La Maison d’Âpre-Vent (titre original  Bleak House) est le neuvième roman publié par Charles Dickens d’abord en vingt feuilletons entre mars 1852 et septembre 1853, puis en un volume en 1853.

L’une des grandes originalités de ce roman est qu’il utilise deux narrateurs, l’un à la troisième personne au présent, l’autre, à la première personne, incarné par Esther Summerson qui raconte son histoire personnelle, au passé.

 

Cœur de lièvre (1er roman du Cycle Rabbit), de John Updike

Considéré comme un classique de la littérature américaine, Cœur de lièvre (titre original Lapin Run ) paru en 1960 est le premier roman de John Updike. L’auteur a surpris les lecteurs avec son utilisation exclusive du présent. Updike dit qu’il a utilisé intentionnellement parce qu’il était la solution idéale pour son protagoniste nerveux et instable.

Lapin, Run est parfois loué pour être le premier livre à être entièrement rédigé au présent. Premier roman américain au présent, peut-être, mais loin d’être le premier dans le monde.

 

Ulysse de James Joyce

James Joyce, le grand romancier irlandais, a la réputation d’expérimentation littéraire, et son roman Ulysse a été l’un des premiers à être entièrement rédigé au présent. Le roman a d’abord été publié en série en 1918.

La narration du roman est fondée sur dix-huit chapitres, ou plutôt 18 épisodes, contenus dans trois grandes parties reprenant les noms de celles de l’Odyssée : Télémachie, l’Odyssée et le Nostos.

La construction et les différentes techniques d’écriture utilisées changent à chaque épisode. Joyce réinvente le roman plusieurs fois, par les changements de style. Il s’affranchit des barrières du langage en déplaçant l’objet du roman : de la narration des événements à la narration elle-même et aux pensées intérieures des personnages. On y suit les pensées telles qu’elles apparaissent et se transforment. Le roman s’achève par un monologue intérieur long de 69 pages, découpé en huit paragraphes.

 

À l’Ouest, rien de nouveau d’Erich Maria Remarque

Paru en 1929, À l’Ouest, rien de nouveau décrit la Première Guerre mondiale vue par un jeune soldat volontaire allemand sur le front ouest. L’auteur a utilisé le présent pour accroître la vision d’horreur de la guerre.

 

Fight Club de Chuck Palahniuk

Né le 21 février 1962 à Pasco (État de Washington), Charles Michael dit « Chuck » Palahniuk, est un romancier satirique américain et un journaliste indépendant. Fight Club paraît en 1999. Et comme plusieurs des romans de Chuck, il est écrit au présent.

 

Journal d’un oiseau de nuit (titre original Bright Lights, Big City) de Jay McInerney

Publié en 1984, Journal d’un oiseau de nuit est le premier roman de l’écrivain américain Jay McInerney. Ce livre a une particularité. Non seulement il est écrit au présent mais aussi rédigé à la seconde personne du pluriel. C’est un procédé littéraire qui facilite l’identification du lecteur et qui avait déjà été utilisé par Michel Butor dans son roman La Modification. Bien que soit un procédé littéraire que je vous déconseille d’utiliser, il reste un exemple intéressant à connaître

Il existe des dizaines d’autres romans remarquables écrits au présent. Je vous ai proposé ceux qui me venaient à l’esprit.

 

***

 

La suite, vous la découvrirez dans la deuxième partie. Un article qui viendra prochainement dans lequel nous verrons les avantages et les inconvénients à choisir le présent.

 

Et vous ? Quels temps préférez-vous, passé ou présent ? Pourquoi ?

 

À vos succès d’écriture…

 

15 commentaires

  1. isa dit :

    Bonjour,

    Merci d’aborder ce sujet. J’ai lu, par ailleurs qu’écrire au présent donnait du « dynamisme » à un texte. De plus, la manipulation des temps au passé n’étant pas si évidente, pour la débutante que je suis, je préfère (pour le moment) écrire au présent. Qu’en pensez-vous chère Madame ?

    Bonne journée.

    • Marie-Adrienne Carrara dit :

      Bonjour

      Oui ça donne du dynamisme à un texte. Mais mais attention, ne négligez pas l’apparente facilité d’utilisation du présent.
      Bien à vous

  2. chris dit :

    Je me bats souvent avec les temps. Les protagonistes qui décrivent leur façon de penser le font au présent. si je retourne à l’action elle-même,elle peut se passer pour partie au passé, pour partie au présent. Je sens parfois la nécessité de changer de temps, mais en effet, ce n’est pas très facile.

    • Marie-Adrienne Carrara dit :

      Bonjour

      Je ne sais pas si vous connaissez les romans que j’ai cités. Certains manient les deux temps et aussi recourent à plusieurs narrateurs. Ce sont techniques à connaitre. Manier les temps est une vraie difficulté dans l’écriture d’un roman.

      Bon courage

  3. Damien N dit :

    Stephen King utilise le présent dans « M.Mercedes ». C’est assez surprenant au début mais très immersif, surtout pour ce roman qui est un polar.
    Est ce que pour un autre type de récit, science fiction notamment, cela marche aussi bien?
    Surtout, vaut il mieux utiliser la première ou la troisième personne du singulier?
    Beaucoup de questions restent en suspend.
    Merci d’avoir abordé ce sujet.

    • Marie-Adrienne Carrara dit :

      Bonjour

      La valeur du présent aura toujours le même effet immersif dans le polar comme dans un autre genre. La première personne est idéale mais le présent marche très bien avec la troisième personne du singulier.

      Bien à vous

  4. Bonjour. Vous abordez une question importante qui mérite d’être traitée en profondeur. En effet, j’ai lu des livres rédigés au passé où, de temps à autre, l’auteur employait le présent narratif, pour créer un effet de rupture et accélérer le rythme. Il y a aussi la possibilité d’employer le passé simple ou le passé composé. « L’étranger » d’A.Camus, par exemple, est écrit au passé composé. Récemment, j’ai lu un roman de John Fante, qui emploie ce même temps verbale. J’aimerais beaucoup connaître votre avis là-dessus. Je vous remercie d’avance.

    • Marie-Adrienne Carrara dit :

      Bonjour

      Parmi les temps du passé, les plus utilisés sont le passé simple, l’imparfait et le passé composé.

      Le passé simple est le temps des actions achevées ou accomplies. Chaque action est précisément délimitée dans le temps, elles peuvent se succéder. C’est pour cette raison qu’on a coutume d’appeler le passé simple « passé de narration ». Le passé simple permet de raconter d’une manière naturelle et évidente des actions qui ont lieu les unes après les autres.

      L’imparfait, aussi appelé « duratif » va décrire des actions longues, en cours et inachevées.
      C’est pourquoi on dit de l’imparfait qu’il est le temps de la description. Ce qui est décrit a encore des répercussions dans le présent. L’action n’a souvent ni début ni fin précise. Le narrateur raconte aussi des actions simultanée ou mêlées à l’imparfait ainsi que des actions répétitives.

      Le passé composé a la même valeur que le passé simple. Il marque l’antériorité d’une action sur une autre.

      Donc, rien d’étonnant que certains auteurs utilisent le passé composé comme temps du récit.

      Bien à vous

  5. Amelie dit :

    Merci pour cet article qui tombe à pic puisque j’étais justement en train de me demander si je n’allais pas quitter le présent, que j’expérimentais dans un récit assez long (et qui en l’occurrence se déroule dans le passé), et revenir au passé.
    Les premiers chapitres étaient au passé puis j’ai eu envie de tester le présent, avec l’idée de convertir tout le texte. Justement pour donner plus de dynamisme au texte, et parce que l’on m’a fait remarquer que certains lecteurs « accrochent » mieux avec un texte au présent. Mais décrire au présent des scènes datant d’il y a 1000 ans n’est pas chose facile, et force est de constater que spontanément le passé revient dès que j’écris une description. Du reste, pour résumer l’évolution des sentiments d’un personnage au fil du temps, je me sens plus à l’aise avec le plus que parfait qu’avec le passé composé. Je peux donc répondre que je préfère de loin les temps du passé au présent.

    • Marie-Adrienne Carrara dit :

      Merci pour votre retour d’expérience.

      Personnellement, j’aime mieux le passé. Mais parfois, le présent peut être d’une efficacité redoutable !

      Bien à vous

  6. JEAN dit :

    Bonjour Marie-Adrienne

    Une fois de plus, votre proposition tombe à pic, comme écrit plus haut.
    Dans « Le problème Spinoza », Irvin Yalom décrit au présent, le déroulement de deux histoires : celle de Spinoza, en 1656, et le développement d’une pensée nazie, à partir de 1910. Les chapitres alternés, l’utilisation du présent, donnent le sentiment de vivre les deux histoires au présent. C’est passionnant et instructif, par les temps qui courent.

    Merci encore, Jean.

  7. Damien N dit :

    Je me permet de vous citer: « L’erreur commune aux auteurs qui se lancent dans leur première fiction, c’est d’alterner entre présent et passé faute de réflexion et de maîtrise. »
    Si par exemple, le récit est au présent mais que le personnage principal relate des événements passés afin de faire avancer l’histoire, est ce une erreur?
    Dans ce cas là, l’alternance de temps n’est elle pas nécessaire?
    Je pense que dans certaines situations, l’auteur n’a pas d’autres possibilités que de balancer d’un temps à l’autre.
    Après, cela ne reste qu’un avis personnel.

    Cordialement

    • Marie-Adrienne Carrara dit :

      Bonsoir

      Non en fait, je me suis mal exprimée j’ai voulu dire que l’écrivain débutant ne maitrise pas toujours le temps de son récit faute d’y avoir réfléchi. Il alterne entre passé et présent même quand ça n’est pas nécessaire, perdu dans ses temps. Je l’ai souvent remarqué dans des manuscrits que l’on m’adresse. C’est ce que je voulais dire.

      Bien à vous

  8. Cécile dit :

    Bonjour,
    merci pour cet article, qui comme tous les autres, est extrêmement intéressant! Je suis en train de lire le roman d’Isabelle Autissier « Soudain, seuls » dans lequel j’ai remarqué suite à la lecture de votre article que le temps utilisé est justement le présent!
    Merci encore pour tous vos articles !

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