Les descriptions sont-elles utiles dans les romans ?

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Dans un monde où tout va toujours plus vite, le lecteur a tendance à bouder les descriptions trop longues. Pourquoi ? Ont-elles une importance pour le lecteur et le roman ? Sont-elles vraiment utiles ?

 

 

 

On me questionne souvent à propos des descriptions et de leur intérêt dans le roman.

Alors essayons d’y voir un peu plus clair dans cet article.

 

D’abord, un peu d’histoire… littéraire !

Avant le XIXe siècle, les descriptions de lieux dans le roman étaient assez succinctes et se limitaient aux informations générales, sans descriptions de paysages. Relisez La Princesse de Clèves, et vous constaterez que Mme de Lafayette ne donne aucune précision de la cour.

C’est au XIXe siècle, avec le roman réaliste et naturaliste, que les descriptions deviennent très détaillées et occupent parfois plusieurs pages. Flaubert, Zola, Balzac multipliaient les descriptions, faisant jusqu’à des gros plans sur des détails accessoires. Vous devez certainement vous souvenir de ces pages de descriptions interminables que les auteurs aimaient truffer de noms propres pour désigner des lieux très précis. Relisez la première page du Père Goriot, vous saurez  précisément vous diriger dans le quartier de la pension Vauquer à Paris !

Mais ce n’est pas tout. Les descriptions s’enrichissaient de mots très techniques, surtout dans les romans naturalistes. Dans Germinal Zola parle de « coron, rivelaine, taille, berlines… ». Dans La Bête humaine, il utilisait largement le vocabulaire du chemin de fer tandis que Maupassant recourait à celui de la finance et de la presse dans Bel-Ami.

 

 

Quelles sont les conséquences de ces longues descriptions ?

 

  • Elles ralentissent l’intrigue et freine l’action.
  • En « interrompant » l’intrigue, elles agissent comme des « arrêts sur image » et compliquent la compréhension du fil conducteur de l’action.
  • Elles entraînent un sentiment de frustration pour le lecteur désireux et pressé de connaître la suite de l’histoire.

 

Alors faut-il pour autant supprimer les descriptions dans le roman ?

 

Quelles sont les fonctions de la description ?

 

1 / Les descriptions ont un rôle esthétique

En effet, la description apparait comme un ornement.

 

2 / Les descriptions aide à se représenter le cadre et à entrer dans l’action

Elles peuvent être informatives et fournir des connaissances sur un milieu que le lecteur ne connaît pas.

Elles peuvent servir de témoignage sur une époque révolue : les mines « à la Zola » n’existent plus !

 

3 / Les descriptions créent l’illusion de la réalité

 

En effet, les descriptions jouent un rôle primordial dans l’illusion de vérité romanesque. Elles donnent de la réalité à l’histoire et à des personnages fictifs, un peu comme le décor au théâtre.

Enfin, elles aident le lecteur à se repérer, à imaginer les lieux, et à se représenter l’action.

 

Quelles importances les descriptions ont-elles pour l’action et les personnages ?

 

1 / Importance liée à l’action

La description joue un rôle dans l’intrigue.

– Elle crée une atmosphère, une ambiance propice à l’histoire et à son déroulement.

– Elle peut également servir d’élément à l’intrigue. Dans L’Étranger de Camus, par exemple, ce sont la nature et le soleil, cadre du meurtre de « l’Arabe », qui, personnifiés, « poussent » Meursault au crime.

2 / Importance liée aux personnages

La description joue aussi un rôle par rapport aux personnages.

– Elle peut éclairer les personnages et révéler leurs psychologies.

– De la même façon, l’intérieur d’une maison par exemple peut éclairer le personnage et son histoire. Dans Madame Bovary, le mal de vivre et l’âme d’Emma transparaissent déjà dans les descriptions du décor et des objets. Et c’est d’autant plus vrai que pour les naturalistes, il y a interaction entre le cadre et le personnage. Le milieu, indissociable du personnage, constitue donc une vraie clé de son identité.

 

Ainsi, autrefois, quand n’existaient ni la photographie ni le cinéma, la description était nécessaire. Aujourd’hui, même avec un lecteur très pressé, elle n’en demeure pas moins indispensable. La description enrichit la lecture du roman, crée son atmosphère, éclaire ses personnages et rythme son action. À vous de doser !

 

À vos succès d’écriture…

7 commentaires

  1. Aimé dit :

    bonjour Marie-Adrienne,

    Je constate que dans mon entourage, les descriptions sont souvent boudées.
    Suivant le contexte, le lecteur se crée un environnement audiovisuel souvent inspiré par la culture télévisuelle. Le lecteur se contente d’un cadre de références un peu à la manière d’un fan fiction où le rédacteur fait appel à la mémoire collective du des lecteurs ciblés.

    Un article sur comment décrire un personnage (je ne parle pas de fiches personnages) dans une histoire serait intéressant aussi. Bien souvent, ça ressemble à un patch qui vient se greffer au texte et on a l’impression que l’auteur le fait parce qu’il faut bien. On dirait un descriptif pour personne disparue.
    Y a-t-il des exemples littéraires pour s’en inspirer ?

    Bonne journée

    Aimé

    • Marie-Adrienne Carrara dit :

      Bonjour Aimé

      J’ai bien noté la question sur la façon de faire une description du personnage avec des exemples littéraires pour s’inspirer. Je rédigerai un article sur le sujet.

      À bientôt

  2. Jean-Patrick dit :

    À vous de doser !
    Tout est dit dans cette conclusion. Trop de description est c’est lassant ; trop de dialogues et c’est du théâtre ; trop d’avis et c’est un plaidoyer ; trop de sentiments et c’est de la poésie ; trop de clichés et c’est un conte (je schématise bien sûr).
    Avec un peu de tout, on donne une histoire au lecteur où il puise et trouve ce qu’il vient y chercher : de la distraction, bien souvent !

  3. evelyne dit :

    Une description est comme un vêtement sur le corps, elle cache ou épouse l’intrigue et les personnages.Du nouveau roman je n’ai retenu que les descriptions ennuyeuses une sorte d’amoncellement sans finalité.

    Des hauts de hurle le vent, je ne me souviens que vaguement de l’intrigue, les personnages sont dans le brouillard, mais l’atmosphère créée par les descriptions m’a laissé une impression envoûtante dont la magie agit même dans mon souvenir.Je suis incapable par ailleurs de me souvenir d’une scène précise, mais le décor naturel sauvage et le contraste avec la délicatesse de la vie intérieure décrite, reste une sensation forte qui vient de descriptions pourtant oubliées. La mode aujourd’hui est à la narration du paysage intérieur.

  4. Elisa dit :

    Tout à fait d’accord avec cette conclusion : « La description enrichit la lecture du roman, crée son atmosphère, éclaire ses personnages et rythme son action. » Mon premier roman se passe dans les Landes et j’ai pris grand plaisir à écrire des descriptions que j’ai voulu le plus dynamique possible. Et les premiers retours de lecteurs montrent qu’ils les ont appréciées.

  5. Bonjour marie-adrienne
    Bonjour à toutes et tous

    (j’aime les blogs sans prétention et sans chichis mais efficaces!)

    Pour ce qui est de la description, bien évidemment c’est un dosage, mais je pense qu’elle gagne à être dynamique, à faire participer le lecteur et non à le laisser passif, à avaler des visuels. En effet quelle est la supériorité du livre sur le film? C’est bien le rythme, le temps: un film est si rapide que les images s’imposent à notre cerveau sans que nous ayons aucun recul. A contrario, dans un écrit, le lecteur a la main sur la temporalité, il peut à loisir sauter, revenir, s’attarder ou non…Donnons au lecteur le plaisir des sens, faisons des descriptions où nous sollicitons son odorat, son goût, etc…donnons-lui le choix.

  6. Oups, les majuscules!!!
    Mangées par le chat!

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