Le monologue intérieur

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MONOLOGUELe monologue intérieur est un procédé de narration littéraire, expérimenté en 1887 par Édouard Dujardin dans son roman  Les Lauriers sont coupés

 

 

 

Édouard Dujardin et le monologue intérieur

 

Les lauriers sont coupés passe quasiment inaperçu lors de sa parution et pourtant ce livre instaure une forme littéraire éminemment moderne. Pour la première fois, un récit s’écrit du seul point de vue des pensées du narrateur, Daniel Prince, épris d’une jeune femme, actrice de théâtre, du nom de Léa d’Arsay (une jeune femme dont nous ne savons presque rien, excepté qu’il aimerait en faire sa maîtresse et qu’elle lui soutire volontiers de l’argent).

Tout cela serait fort inconsistant si l’essentiel du roman n’était présenté, en quelque sorte raconté, par les pensées du personnage-narrateur. De 18 heures à minuit, on le suit dans ses pensées les plus intimes en même temps que dans ses préparatifs vaguement amoureux. Tout à fait inconsistant si l’écriture n’offrait pas des éclats et de délicates irisations poétiques. Lisez cet incipit très rythmé, qui juxtapose ces phrases nominales constituant la matière principale du roman :

 » Un soir de soleil couchant, d’air lointain, de cieux profonds ; et des foules confuses ; des bruits, des ombres, des multitudes ; des espaces infiniment étendus ; un vague soir. « 

Si vous ne connaissez pas ce livre, je vous engage vivement à le lire.

En 1922, James Joyce se laisse séduire par le procédé du monologue intérieur et le reprend à son compte pour écrire Ulysse entièrement construit sur la base de monologues intérieurs des personnages : Stephen Dedalus, Leopold Bloom et sa femme Molly, qui se croisent au cours d’une journée : le 16 juin 1904.

 

Mais James Joyce n’est pas le seul à utiliser le monologue intérieur sur la longue durée du roman, Virginia Woolf y recourt dans Mrs Dalloway (1925) ou Les Vagues (1931). Dans la première partie de son roman Le bruit et la fureur, Faulkner présente les pensées d’un homme attardé, et les lecteurs peinent parfois à comprendre ce qui est écrit.  D’autres auteurs se sont emparés du procédé : Ernest Hemingway, John Dos Passos Arthur Schnitzler…

 

En dehors des auteurs étrangers, le monologue intérieur a aussi été utilisé comme technique ponctuelle et non en tant que genre. Quelques exemples dans les romans français du XXe siècle :

André Gide : Paludes (1895)
Valéry Larbaud : Amants, heureux amants (1923)
Raymond Queneau : Les Derniers jours (1935)
Nathalie Sarraute : Martereau (1953)
Jean Cayrol : Les Corps étrangers (1964)
Albert Cohen : Belle du Seigneur (1968).

 

Point de vue et construction du récit

 

Avec le monologue intérieur, tout est possible… Le tout est d’être plongé « dans la tête » du personnage qui se parle en quelque sorte à lui-même. Mais ce procédé ne peut être qu’associé au style indirect et au style indirect libre.

Si le personnage est le narrateur, on utilisera la 1re personne.

Si le narrateur est omniscient, ce sera la 3e personne.

(le roman Sortie d’usine de François Bon se présente comme un monologue intérieur à la 3e personne)

 

Le monologue intérieur est caractérisé par des phrases nominales, des énumérations, une logique peu visible (idées juxtaposées, association d’idées, parataxe, ellipses), une ponctuation inhabituelle. (voyez plus haut l’incipit des Lauriers sont coupés)

 

En réalité, le monologue est toujours très périlleux et demande une grande maîtrise de l’auteur. Il n’est de plus pas nécessairement bien accepté par le lecteur… S’il est permis d’écrire des passages en monologue, il est plus difficile d’écrire toute une nouvelle ou un roman sous forme de mono­logue.

Le procédé est cependant intéressant et s’il vous tente, je vous conseille de piocher et de lire certains des livres cités dans l’article ainsi que le roman Enfance (1983) de Nathalie Sarraute. Elle y rassemble des souvenirs de ses onze premières années. La narration s’arrête au moment où la petite fille entre en sixième.

L’une des originalités de ce récit réside dans le dédoublement de la narratrice. Deux « voix » dialoguent, et sous l’apparence de ce dialogue, les deux voix représentent un monologue intérieur bien particulier.

Vous avez maintenant un meilleur aperçu du monologue intérieur. Ses origines, ses diverses applications, sa problématique. À vous de lire et de tester ce procédé littéraire.

À vos succès d’écriture…

 

 

Un commentaire

  1. Kallil dit :

    Salutation,
    Je ne peux que vous remercier pour cette intéressante publication, je dois avouer qu’une étude sur le procédé du monologue intérieur dans l’œuvre de Sarraute ‘Enfance’ est tentante alléchante et séduisante , mais comme je suis étudiant en Algérie je manque considérablement de documentation là-dessus, pourriez vous m’aidez ?! .
    Merci à l’avance.
    Je sais pertinemment bien, que vous me serez d’une très grande aide.

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