
Tu écris. Les mots viennent. Le texte existe. Et pourtant… quelque chose ne bouge plus. Ce n’est pas le grand blocage, celui où l’on fuit son clavier comme un chat évite l’eau froide. Non. C’est plus discret que ça. Plus sournois aussi. Ton texte stagne. Il avance en surface, mais pas en profondeur. Les phrases sont correctes. Les scènes tiennent debout. Et pourtant, l’ensemble reste étonnamment immobile, comme figé dans une forme trop sage. Bonne nouvelle : ce n’est ni un manque de talent, ni un défaut d’inspiration. Souvent, il suffit d’un seul geste pour remettre un texte en mouvement.
Quand un texte stagne, ce n’est pas un problème d’écriture
Un texte qui stagne n’est pas un texte raté.
C’est un texte qui a trouvé un équilibre… un peu trop confortable.
Tu continues à écrire, mais sans surprise :
-
les phrases expliquent plus qu’elles ne suggèrent,
-
les scènes confirment ce que l’on sait déjà,
-
le texte avance, mais sans provoquer de déplacement intérieur.
Autrement dit : tout est à sa place. Et c’est bien là le problème.
La stagnation apparaît souvent quand l’écriture cherche à sécuriser :
sécuriser le lecteur, le sens, le propos, parfois même l’auteur lui-même.
Le réflexe qui fige beaucoup de textes
Ce réflexe est très courant, surtout chez les auteurs consciencieux :
vouloir être clair trop tôt.
On explique.
On précise.
On accompagne le lecteur pas à pas, comme s’il risquait de se perdre à la première phrase.
Résultat ?
Le texte ne respire plus. Il n’ose plus déplacer. Il devient prévisible — poli, mais inoffensif.
La clarté est une qualité.
Mais utilisée trop tôt, elle peut neutraliser toute tension.
Une chose simple à tester aujourd’hui
Voici le test. Un seul. Pas une liste. Pas une méthode.
Repère dans ton texte une phrase qui explique.
Une phrase qui dit exactement ce que le lecteur a déjà compris.
Puis :
-
supprime-la,
-
ou déplace-la plus loin,
-
ou garde-la… mais enlève ce qu’elle explique.
Oui, c’est inconfortable.
Oui, tu auras l’impression de « laisser le lecteur seul ».
C’est précisément là que le texte recommence à vivre.
Ce geste n’a pas pour but d’améliorer ton style.
Il sert à remettre du jeu, du mouvement, une légère résistance.
Ce que ce test change vraiment
Après ce test, ton texte ne sera pas forcément meilleur.
Mais il sera plus actif.
Il demandera quelque chose au lecteur.
Il cessera de tout livrer immédiatement.
Et surtout, il te donnera un signal précieux :
là où tu expliques trop, ton texte s’immobilise.
là où tu retires un peu, il recommence à respirer.
Conclusion
Quand un texte stagne, la tentation est grande de forcer :
ajouter, corriger, retravailler encore.
Parfois, il faut faire exactement l’inverse.
Enlever. Retarder. Laisser une zone d’ombre.
Teste ce geste aujourd’hui.
Pas pour réussir ton texte.
Mais pour voir s’il accepte, enfin, de se remettre en mouvement.
Dans les jours qui viennent, je proposerai justement un cadre pour celles et ceux
qui sentent que leurs textes ont besoin d’un nouvel élan, sans pression ni recette miracle.
Bonjour,
C ‘est exactement ce qu’il se passe sur un texte que je suis en train de relire. Pas assez de zones mystérieuses. Je vais donc relire et supprimer comme vous l’indiquez;
Merci
Merci pour ce retour !
Vous avez mis le doigt sur un point clé : le mystère est un moteur narratif redoutable.
À la relecture, oser enlever plutôt qu’ajouter fait souvent toute la différence.
Bon tissage — laissez des fils visibles, le lecteur adore les suivre.