Vous venez de terminer votre premier jet. Vous le laissez reposer quelques jours ou quelques semaines. Puis vient le moment de le reprendre. Mais comment réécrire un premier jet sans se jeter immédiatement sur les phrases qui nous déplaisent ?

Vous ouvrez votre document. Vous relisez les premières lignes. Et presque immédiatement, vous voyez une phrase qui ne vous plaît pas. Vous la modifiez. Deux paragraphes plus loin, une répétition vous agace. Vous la supprimez. Puis vous trouvez un dialogue un peu raide. Vous cherchez une formulation plus naturelle. Une heure plus tard, vous avez travaillé. Votre texte est même probablement meilleur qu’avant. Mais avez-vous commencé par ce qui comptait vraiment ?

Pas forcément.

 

Corriger les phrases est rassurant

Il faut reconnaître une chose : travailler sur les phrases est agréable.

Le problème est visible et la correction aussi.

Une répétition disparaît. Une phrase trop longue retrouve du rythme. Un verbe faible est remplacé. Un dialogue devient plus naturel.

On peut comparer l’avant et l’après et constater immédiatement une amélioration.

C’est beaucoup plus confortable que de se demander si une scène entière est nécessaire, si un personnage joue réellement son rôle ou si l’histoire tient encore debout lorsqu’on la regarde dans son ensemble.

Alors on commence souvent par ce qui est sous nos yeux.

Phrase après phrase.

Page après page.

Le problème, c’est qu’à ce stade de la réécriture, la phrase n’est peut-être pas encore le bon niveau de travail.

 

Vous êtes peut-être en train de polir une scène que vous supprimerez

 

Imaginons une scène de trois pages.

Elle est plutôt réussie, mais vous trouvez l’écriture un peu lourde.

Vous retravaillez les descriptions. Vous raccourcissez certains passages. Vous améliorez les dialogues. Vous cherchez le mot juste.

Vous y passez deux heures.

Quelques jours plus tard, en prenant davantage de recul sur votre histoire, vous vous apercevez que cette scène ralentit complètement le récit.

Pire : si vous la supprimez, il ne manque rien.

Les deux heures passées à l’améliorer n’auront servi à rien.

Ce n’est pas parce que vous avez mal travaillé.

C’est parce que vous avez travaillé trop tôt sur le mauvais niveau du texte.

 

Pour réécrire un premier jet, commencez par regarder l’histoire

Quand on termine un premier jet, il est tentant de commencer au début du manuscrit et d’avancer jusqu’à la fin en corrigeant ce que l’on rencontre.

Mais une réécriture n’est pas nécessairement une deuxième écriture du même texte, en plus propre.

Elle demande d’abord de prendre du recul.

Avant de vous demander :

Comment puis-je améliorer cette phrase ?

d’autres questions sont plus importantes.

Est-ce que cette scène doit rester ?

Est-elle au bon endroit ?

Fait-elle réellement avancer quelque chose ?

Le personnage qui s’y trouve a-t-il une raison d’être là ?

Ce passage apporte-t-il une information nécessaire ou répète-t-il quelque chose que le lecteur sait déjà ?

L’enchaînement avec la scène suivante fonctionne-t-il ?

Car si la réponse vous conduit à déplacer, raccourcir ou supprimer le passage, inutile d’avoir auparavant passé vingt minutes à traquer ses adverbes.

 

Tous les problèmes d’un manuscrit ne se corrigent pas au même niveau

C’est là que la réécriture devient parfois déroutante.

Vous relisez une page et vous pouvez y voir simultanément :

une phrase maladroite,

un dialogue trop explicatif,

un personnage peu crédible,

une scène trop longue,

une incohérence avec un événement raconté cinquante pages plus tôt.

Tout cela mérite peut-être votre attention.

Mais pas en même temps.

Si vous essayez de régler chaque problème au moment où vous le rencontrez, vous risquez de passer sans cesse d’un niveau à l’autre.

Vous corrigez une phrase.

Elle vous fait penser à un problème de personnage.

Vous retournez trente pages en arrière.

Là, vous découvrez une incohérence.

Vous modifiez une scène.

Cette modification entraîne un changement ailleurs.

Et progressivement, vous perdez le fil de ce que vous étiez venu vérifier.

Ce n’est pas votre manuscrit qui est nécessairement désordonné.

C’est votre regard qui essaie de tout embrasser à la fois.
 

Une première lecture peut servir à autre chose qu’à corriger

Voilà peut-être l’habitude la plus difficile à prendre :

voir un problème sans le corriger immédiatement.

Vous repérez une phrase maladroite ?

Très bien.

Vous pourrez y revenir.

Mais si, aujourd’hui, vous examinez la construction de votre histoire, cette phrase n’est pas votre problème.

Vous remarquez qu’un dialogue manque de naturel ?

Notez-le si nécessaire et continuez.

Pour l’instant, vous cherchez autre chose.

Cette façon de travailler oblige à résister à cette petite voix qui dit :

Puisque je l’ai vu, autant le corriger tout de suite.

Non.

Parce que cinq minutes ici, dix minutes là, un retour trente pages plus tôt et une modification ailleurs suffisent à vous faire perdre votre objectif initial.

Réécrire demande aussi de savoir ce que l’on choisit de ne pas corriger tout de suite.

 

Commencez par ce qui peut remettre en cause le reste

Un principe peut vous aider à décider par où commencer :

plus une modification risque d’avoir des conséquences sur le reste du manuscrit, plus elle mérite d’être examinée tôt.

Une phrase modifiée affecte généralement une phrase.

Une scène déplacée peut modifier plusieurs chapitres.

Un personnage transformé peut obliger à reprendre toutes ses apparitions.

Une incohérence importante dans l’histoire peut remettre en cause des dizaines de pages.

Voilà pourquoi commencer par les phrases est souvent une fausse bonne idée.

Ce n’est pas que le style soit secondaire.

Il ne l’est pas.

Mais il devient beaucoup plus utile de travailler finement une phrase lorsque vous savez que cette phrase a de bonnes chances d’être encore là dans la version suivante.
 

Réécrire, c’est aussi choisir un ordre

C’est précisément pour aider les auteurs à réécrire leur premier jet sans se disperser que j’ai créé Réécrire sans s’éparpiller. Plutôt que de parcourir votre manuscrit en essayant de corriger tout ce que vous voyez, je vous propose de le revisiter à travers 5 filtres successifs.

Un filtre à la fois.

Un niveau du texte à la fois.

Le guide vous aide à savoir ce que vous êtes en train d’observer et ce que vous pouvez, pour l’instant, laisser de côté.

Et le cahier d’application vous permet de suivre les modifications que vous décidez d’apporter à votre manuscrit sans perdre le fil en cours de route.

 

Réécrire sans s’éparpiller est actuellement disponible au tarif de lancement de 37 € jusqu’à
vendredi soir. Il passera ensuite à 47 €.

 

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Votre premier jet n’a pas besoin que vous corrigiez tout ce que vous voyez.

Il a d’abord besoin que vous sachiez où regarder.

 

A vos succès d’écriture
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