Mardi, je vous ai proposé quelque chose d’un peu étrange pour une rentrée.
Ne pas vous remettre sérieusement à écrire.
Oublier les grands objectifs, les mille mots par jour et les séances d’une heure.
Et écrire dix minutes. Seulement dix minutes. Peut-être l’avez-vous fait.
Peut-être avez-vous rouvert un cahier, retrouvé un personnage, écrit quelques lignes qui ne mèneront nulle part. Très bien. Mais maintenant arrive la vraie question : qu’est-ce qui vous fera revenir demain ?
…Et surtout : qu’est-ce qui vous fera encore revenir dans quinze jours ?
Car recommencer à écrire n’est pas si difficile.
Continuer l’est beaucoup plus.
Et contrairement à ce que l’on croit souvent, la motivation pour écrire ne suffira pas.
Pourquoi la motivation pour écrire finit toujours par faiblir
« Quand je serai plus motivé, je reprendrai mon roman. »
« En ce moment, je manque de motivation. »
« J’aimerais retrouver l’envie que j’avais au début. »
Comme si la motivation était le carburant indispensable à l’écriture.
Le problème, c’est qu’elle est particulièrement peu fiable.
Au début d’un projet, la motivation fait presque tout le travail
Une idée surgit.
Vous voyez déjà les personnages, certaines scènes, peut-être même la fin.
Vous ouvrez un nouveau document. Vous écrivez trois pages. Puis cinq.
Vous pensez à votre histoire en préparant le dîner.
À ce moment-là, personne n’a besoin de vous rappeler d’écrire.
Puis quelque chose change.
L’histoire devient plus compliquée.
Vous ne savez plus très bien comment relier deux événements.
Votre personnage refuse obstinément de devenir aussi intéressant que prévu.
Une scène que vous imaginiez magnifique tombe à plat.
Et, curieusement, ranger un placard devient soudain une activité tout à fait séduisante.
La motivation n’a pas disparu parce que vous n’êtes pas fait pour écrire.
Elle a simplement cessé de faire tout le travail à votre place.
Continuer à écrire ne demande pas d’être motivé tous les jours
Heureusement. Sinon, il y aurait beaucoup moins de livres dans les bibliothèques. On imagine parfois que les personnes qui écrivent régulièrement possèdent quelque chose que les autres n’ont pas.
Plus de volonté. Plus de discipline. Une organisation impeccable.
Ce n’est pas cela qui fait la différence.
Ce qui aide à continuer, c’est d’avoir une raison suffisamment concrète de revenir à la page.
Et cette raison peut être minuscule.
Laissez quelque chose qui vous donnera envie de revenir à votre texte
Avant de fermer votre document, demandez-vous :
Quelle est la prochaine chose que j’ai envie de découvrir ?
Pas : « Que dois-je écrire ? » La question ressemble trop vite à une obligation.
Mais : qu’est-ce que j’ai envie de découvrir ?
Comment Paul va-t-il réagir lorsqu’il comprendra qu’on lui a menti ?
Que contient réellement cette lettre ?
Pourquoi mon personnage refuse-t-il de parler à sa sœur ?
Vous n’avez pas besoin de connaître la réponse.
Au contraire. Laissez la question ouverte.
Elle devient un petit fil qui dépasse de votre histoire.
Et, le lendemain, vous savez où tirer.
Pour écrire régulièrement, donnez-vous un prochain pas
Il existe une raison très banale pour laquelle nous repoussons une séance d’écriture.
Nous ne savons pas par où commencer.
« Avancer mon roman » n’est pas une tâche.
C’est un continent.
En revanche :
- écrire la dispute entre Louise et son frère ;
- reprendre le dialogue du chapitre 4 ;
- imaginer trois façons de faire entrer cette information dans l’histoire ;
Voilà des portes d’entrée.
Quand vous savez ce que vous allez faire, commencer demande beaucoup moins d’énergie.
Vous ouvrez le fichier. Vous avez une prise. Et vous avancez.
Toutes les séances d’écriture n’ont pas besoin de produire des pages
Une bonne séance d’écriture ne se mesure pas toujours au nombre de mots écrits.
Vous pouvez passer vingt minutes à comprendre pourquoi une scène ne fonctionne pas.
Chercher ce que votre personnage désire vraiment.
Noter cinq possibilités pour la suite.
Écrire une scène qui finira à la corbeille mais qui vous aura permis de comprendre quelque chose.
Tout cela fait partie du travail.
Car ce qui nourrit l’envie de revenir n’est pas seulement le nombre de pages produites.
C’est aussi cette sensation précieuse :
aujourd’hui, j’ai compris quelque chose que je ne comprenais pas hier.
Autrement dit : j’ai avancé !
Quand l’envie d’écrire disparaît, allez parfois la chercher ailleurs
Il y aura malgré tout des jours où votre histoire ne vous appellera pas.
N’en faites pas un drame. Vous pouvez écrire autre chose.
Un souvenir.
Un dialogue.
Une histoire en cent mots.
Une phrase qui commence par : « Personne n’aurait dû ouvrir cette porte. »
Ce détour n’est pas forcément une fuite.
Il peut simplement entretenir le geste d’écrire.
Et parfois vous donner de nouveau envie de retrouver votre histoire.
Pour continuer à écrire, les autres peuvent aussi compter
Il existe enfin une raison de revenir à l’écriture que l’on oublie souvent.
Les autres.
Écrire est solitaire.
Personne ne peut trouver votre phrase à votre place.
Personne ne peut écrire votre histoire.
Mais cela ne signifie pas que tout le chemin doive se faire seul.
Écrire seul ne signifie pas forcément avancer seul
Savoir que d’autres écrivent aussi change quelque chose.
Lire leurs textes.
Découvrir qu’eux aussi ont des scènes qui résistent, des personnages qui s’aplatissent, des intrigues qui partent de travers.
Recevoir parfois un regard extérieur.
Poser le sien sur le texte d’un autre.
Partager une avancée.
Ou simplement avoir un rendez-vous qui rappelle que, cette semaine encore, l’écriture a une place.
Ce ne sont pas de grandes choses. Mais elles créent des points d’ancrage.
Ne cherchez plus la motivation pour écrire : créez des raisons de revenir
Alors oubliez un instant cette question : « Suis-je motivé ? »
Demandez-vous plutôt : Qu’est-ce qui me donnera envie de revenir à mon texte ?
Une question laissée ouverte ?
Une scène que vous avez hâte d’écrire ?
Un petit objectif suffisamment précis ?
Quelqu’un à qui montrer votre texte ?
Un rendez-vous avec d’autres auteurs ?
Vous n’avez pas besoin d’être motivé chaque jour.
Vous avez besoin de semer suffisamment de raisons pour ne pas perdre le fil.
Mardi, je vous proposais de recommencer par dix minutes.
Aujourd’hui, je vous propose autre chose.
Avant de fermer votre texte, laissez-y quelque chose qui vous donnera envie de le rouvrir.
Une question.
Une phrase inachevée.
Une scène à venir.
Un problème que vous avez presque envie de résoudre.
La motivation viendra peut-être.
Peut-être pas.
Mais demain, vous aurez une raison de revenir. Et c’est beaucoup plus utile.
À vos succès d’écriture
Laisser un fil à tirer… Merci d’avoir verbalisé cette solution. Quand on lit votre message, on se dit : mais bien sûr ! C’est ça qu’il faut faire ☺️
J’espère que vous avez passé de bonnes vacances, Marie Adrienne, vos mails sont souvent des révélateurs.
Merci beaucoup ! Et oui… parfois, il suffit que quelqu’un nous montre le petit fil qui dépassait pour qu’on puisse enfin tirer dessus.
C’est d’ailleurs une bonne partie de ce que je fais dans mon programme Tisseurs d’Histoires : aider les auteurs à repérer ces fils dans leur propre projet, à comprendre ce qui les bloque et à retrouver une direction quand ils ne savent plus très bien par où continuer.
Alors si mes mails jouent déjà un peu ce rôle de révélateur pour vous, j’en suis vraiment heureuse. Et qui sait, peut-être aurons-nous un jour l’occasion de tirer ensemble quelques fils de votre histoire
Et oui, les vacances ont été très bonnes, merci ! Ravie de vous retrouver par ici.