Il m’arrive souvent de lire des textes dans lesquels les personnages sont impeccablement construits.
Ils ont un prénom. Un métier. Une histoire familiale. Des qualités. Des défauts. Parfois même une fiche personnage de plusieurs pages. Et pourtant…
Après quelques lignes, je ne ressens rien.
Non pas parce que le personnage est mal construit.
Mais parce qu’il ne semble pas vivre.
Pendant longtemps, j’ai cru, comme beaucoup d’auteurs, que plus je connaîtrais mes personnages, plus ils deviendraient crédibles.
Avec le temps, j’ai compris que je me trompais.
Connaître un personnage ne suffit pas à lui donner vie.
Les auteurs veulent connaître leurs personnages.
Les lecteurs veulent les voir vivre.
Imaginez que je vous présente deux personnages.
Le premier est courageux, généreux, intelligent et loyal.
Le second arrive toujours dix minutes en avance.
Avant de s’asseoir, il replace discrètement sa chaise.
Quand il est contrarié, il tapote trois fois du doigt sur la table.
Et lorsqu’il ment, il évite soigneusement de croiser le regard de son interlocuteur.
Lequel voyez-vous déjà dans une scène ?
Sans doute le second.
Pourquoi ?
Parce que notre cerveau ne retient pas des listes de qualités.
Il retient des comportements.
Dans la vie, nous ne définissons pas les personnes que nous aimons par une série d’adjectifs.
Nous les reconnaissons à leur manière de rire.
À leur façon d’entrer dans une pièce.
Aux mots qu’elles choisissent.
Aux silences qu’elles gardent.
Pourquoi en irait-il autrement pour un personnage de roman ?
Les lecteurs ne tombent pas amoureux d’une fiche personnage
Ils tombent amoureux d’une présence.
Prenons Sherlock Holmes.
Ce qui le rend inoubliable n’est pas son intelligence.
C’est sa manière d’observer le monde.
Avant même qu’il ouvre la bouche, nous savons qu’il remarquera ce que personne d’autre n’a vu.
Ses décisions, ses raisonnements et ses réactions découlent naturellement de cette façon très particulière d’habiter le monde.
C’est cette cohérence qui le rend vivant.
Et c’est sans doute là que se cache l’un des secrets des personnages mémorables.
Un personnage n’est pas une somme de caractéristiques.
C’est une manière singulière d’habiter le monde.
Je crois que c’est cette idée qui change tout.
Parce qu’à partir de ce moment-là, nous cessons de chercher des adjectifs.
Nous commençons à observer des comportements.
Une méthode… qui commence par une question
Le titre de cet article vous promettait une méthode.
La voici.
Elle tient en une seule question.
Lorsque vous créez un personnage, ne vous demandez plus d’abord :
Qui est-il ?
Demandez-vous plutôt :
Comment le reconnaîtrait-on dans une pièce remplie d’inconnus ?
Par ses gestes ?
Par sa manière de parler ?
Par ce qu’il remarque immédiatement ?
Par la décision qu’il prendra lorsque tout le monde hésitera ?
Cette simple question change souvent le regard que l’on porte sur ses personnages.
Elle ne remplace pas tout le travail de création.
Mais elle lui donne une direction.
Pourquoi est-ce si important ?
Parce qu’un lecteur pardonnera plus facilement une intrigue imparfaite qu’un personnage qui le laisse indifférent.
Nous oublions parfois certains rebondissements.
Nous oublions rarement les personnages qui nous ont accompagnés pendant plusieurs centaines de pages.
C’est d’ailleurs pour cette raison que le travail sur les personnages occupe une place importante dans le parcours que je propose au sein de Tisseurs d’Histoires.
Non pas parce qu’il existe une recette pour créer un personnage inoubliable.
Mais parce qu’il est possible d’apprendre à les regarder autrement.
Et, bien souvent, c’est ce changement de regard qui transforme l’écriture.
Le Vendredi de la plume
Je vous propose une expérience très simple.
Choisissez un personnage de votre roman.
Imaginez qu’il attend quelqu’un dans un café.
Interdiction de le décrire.
Ne dites rien de son âge.
Rien de son physique.
Rien de son caractère.
Laissez uniquement ses gestes, ses regards, ses choix et ses silences raconter qui il est.
Puis relisez votre scène.
Posez-vous une dernière question.
Si j’effaçais son nom, pourrais-je reconnaître ce personnage uniquement grâce à sa manière d’agir ?
Si la réponse est oui…
Alors votre personnage commence probablement à respirer.
Et c’est peut-être là que naissent les personnages dont les lecteurs se souviennent longtemps après avoir refermé le livre.
A vos succès d’écriture
Merci Marie-Adrienne pour cet article qui me parle beaucoup!
Je m’empêtrais dans la fiche de mes personnages alors que de décrire leur comportement et attitude est plus fluide.
Bonne journée, ☀️
Merci pour votre retour ! Oui, c’est exactement l’idée : je ne dis pas qu’il faut bannir la fiche personnage. Elle peut être très utile. Simplement, lorsqu’elle devient un passage obligé ou qu’elle bloque l’écriture, observer le personnage à travers ses actes, ses réactions et ses attitudes permet souvent de le rendre plus vivant. Les deux approches peuvent d’ailleurs très bien se compléter. Bonne écriture