Un jardinier cultive de jeunes pousses tandis qu'une écrivaine écrit sous un arbre, illustrant le parallèle entre le jardinage et l'écriture.Progresser en écriture ne consiste pas seulement à apprendre les techniques du roman ou à chercher l’inspiration. Les jardiniers cultivent, eux aussi, des qualités précieuses : la patience, l’observation, la régularité et l’art de laisser le temps faire son œuvre. Et si, finalement, un jardinier était l’un des meilleurs coachs qu’un écrivain puisse rencontrer ?

Il y a quelque chose que les jardiniers ne font jamais

Avez-vous déjà vu un jardinier tirer sur une jeune pousse pour l’aider à grandir plus vite ?

Bien sûr que non.

L’idée nous fait sourire tant elle paraît absurde.

Pourtant, combien d’entre nous font exactement cela avec leur écriture ?

Nous voulons terminer notre roman plus vite.

Trouver immédiatement la bonne idée.

Écrire un premier jet presque parfait.

Publier rapidement.

Nous nous impatienteons devant une histoire qui prend son temps, comme si elle avait oublié d’obéir à notre calendrier.

Le jardinier, lui, sait que la nature ne se laisse pas bousculer.

Et je me demande souvent si les écrivains ne gagneraient pas à adopter la même sagesse.

Les plus beaux jardins commencent lorsqu’il n’y a encore rien

Au début du printemps, le jardin paraît presque vide.

Quelques parcelles de terre retournée.

Des outils posés contre une haie.

Des sachets de graines.

Rien de spectaculaire.

Pourtant, le jardinier travaille déjà.

Il prépare la terre.

L’enrichit.

Retire les pierres.

Observe la lumière.

Tout cela sans la moindre fleur à admirer.

L’écriture commence souvent de la même manière.

Avant le premier chapitre, il y a des carnets remplis de notes.

Des conversations surprises dans un train.

Une émotion qui refuse de nous quitter.

Une photographie retrouvée au fond d’un tiroir.

Une question qui revient sans cesse.

À ce moment-là, nous avons parfois l’impression de ne pas avancer.

En réalité, nous faisons exactement ce que fait le jardinier.

Nous préparons le terrain.

Les histoires poussent d’abord sous la surface.

La patience n’est pas une perte de temps

Notre époque admire la vitesse.

Elle célèbre les résultats.

Elle nous pousse à croire qu’un bon auteur est celui qui écrit vite.

Le jardinier nous enseigne exactement l’inverse.

Il sait qu’aucune plante ne pousse au rythme de notre impatience.

Certaines graines germent en quelques jours.

D’autres demandent plusieurs semaines.

Toutes suivent leur propre calendrier.

Les histoires aussi.

Certaines semblent s’écrire toutes seules.

D’autres résistent.

S’arrêtent.

Repartent.

Puis, un matin, tout devient évident.

Ce n’était pas du temps perdu.

C’était du temps de maturation.

Toutes les graines ne deviendront pas des arbres

Le jardinier ne s’effondre pas parce qu’une graine ne lève pas.

Il en sème d’autres.

Il recommence.

Il observe.

Il apprend.

L’écrivain, en revanche, s’attache parfois tellement à une seule idée qu’il finit par croire que son avenir dépend d’elle.

Pourtant…

Toutes les idées ne sont pas destinées à devenir un roman.

Certaines ne seront qu’une scène.

D’autres deviendront une nouvelle.

Quelques-unes patienteront plusieurs années avant de trouver leur véritable place.

Aucune idée n’est inutile.

Comme les graines restées dans leur sachet, elles attendent simplement leur saison.

Les jardiniers savent aussi supprimer

C’est probablement la leçon qui m’a le plus surprise.

Lorsqu’un jardin devient luxuriant, le jardinier ne passe plus son temps à planter.

Il coupe.

Il taille.

Il éclaircit.

Il retire parfois de magnifiques branches simplement parce qu’elles empêchent les autres de respirer.

Quel étrange paradoxe.

Supprimer pour mieux faire grandir.

La réécriture fonctionne exactement de cette manière.

Nous croyons souvent qu’un texte devient meilleur lorsqu’on ajoute.

Une description.

Un personnage.

Quelques explications supplémentaires.

Alors que, bien souvent, il devient plus fort lorsqu’on enlève.

La réécriture n’appauvrit pas un texte.

Elle lui permet de respirer.

Accepter les saisons

Les jardiniers ne récoltent pas des tomates en janvier.

Ils ne s’en inquiètent pas.

Ils savent que chaque saison possède son utilité.

Pourquoi les écrivains seraient-ils différents ?

Il existe des saisons où l’on écrit beaucoup.

D’autres où l’on lit davantage.

Certaines où l’on doute.

D’autres où l’on corrige.

Et même des périodes où l’on croit ne rien faire… alors que notre imagination travaille en silence.

Vouloir vivre éternellement au printemps est aussi illusoire dans un jardin que dans un projet d’écriture.

Ce que le jardinier m’a appris

Au fond, le jardinier ne travaille jamais pour aujourd’hui.

Il travaille pour demain.

Chaque geste est un acte de confiance.

Il plante sans certitude.

Il arrose sans garantie.

Il continue parce qu’il croit au temps.

Je crois que c’est l’une des plus belles leçons que l’on puisse offrir à un écrivain.

Écrire une page.

Relire un chapitre.

Observer le monde.

Prendre une note.

Tout cela semble parfois dérisoire.

Pourtant, ce sont ces gestes répétés qui, un jour, deviennent un livre.

Les romans ne naissent pas d’un exploit.

Ils naissent d’une fidélité.

Conclusion

Si un jardinier devenait le coach d’un écrivain, il lui parlerait probablement très peu d’inspiration.

Il lui apprendrait plutôt à regarder le temps autrement.

À ne pas confondre lenteur et immobilité.

À comprendre que ce qui pousse sous la terre est souvent plus important que ce qui est déjà visible.

Et il lui rappellerait sans doute cette évidence :

Les plus belles récoltes ne sont jamais le fruit de l’impatience.

Elles sont le résultat d’une attention quotidienne.

L’écriture aussi.

À méditer

Les auteurs ne récoltent pas ce qu’ils écrivent. Ils récoltent ce qu’ils cultivent.

Et vous ?

Avez-vous déjà trouvé une leçon d’écriture dans un domaine qui n’avait,

en apparence, aucun rapport avec les livres ?

Je serais ravie de découvrir vos réponses dans les commentaires.

A vos succès d’écriture…
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