…Je crois que je commencerais exactement comme autrefois.
Pas une méthode. Pas un plan parfait. Pas une certitude. Une envie. Quelque chose d’un peu flou. Difficile à expliquer. Une histoire peut-être. Ou simplement ce besoin étrange de mettre des mots quelque part.
Je crois aussi que je serais impressionnée.
Par tous les auteurs déjà là.
Par les conseils.
Par les réseaux.
Par cette sensation que tout le monde semble savoir écrire mieux, plus vite, plus facilement.
Et pourtant…
je recommencerais quand même.
Ces derniers temps, je me suis souvent posé cette question :
Si je devais me lancer dans l’écriture aujourd’hui,
qu’est-ce qui changerait vraiment ?
Pas avec le regard de quelqu’un qui aurait “réussi”.
Ce mot-là me met toujours un peu mal à l’aise.
Mais avec le recul de quelqu’un qui écrit depuis longtemps.
Qui a connu l’élan, le doute, les blocages, les hésitations.
Qui a commencé plusieurs fois, au fond.
Parce qu’on recommence souvent en écriture.
À chaque nouveau texte.
À chaque page difficile.
À chaque projet qui nous dépasse un peu plus que le précédent.
Alors j’ai eu envie d’ouvrir une série d’articles autour de cette question.
Pas pour donner des leçons.
Plutôt pour regarder honnêtement ce que je ferais autrement aujourd’hui.
Ce que je garderais.
Ce que je laisserais derrière moi.
Et les choses que j’aurais aimé comprendre plus tôt.
Quand on commence à écrire, on imagine parfois que le plus difficile sera de trouver des idées.
Mais je ne crois pas que ce soit vrai.
Le plus difficile, je crois, c’est de continuer à avancer alors qu’on doute encore de sa place.
Parce qu’au début, tout paraît fragile.
On écrit quelques lignes…
puis on les relit immédiatement avec sévérité.
On compare.
On hésite.
On recommence.
On ouvre dix carnets.
On change de projet.
On se demande si l’on est vraiment fait pour ça.
Et malgré tout, quelque chose insiste.
Cette envie de raconter.
Même maladroitement.
Même sans savoir où cela mènera.
Avec le recul, je trouve cela presque beau.
Ce moment où quelqu’un commence à écrire sans encore savoir quel auteur il deviendra.
Il y a quelque chose de très vivant là-dedans.
Et peut-être aussi quelque chose d’un peu courageux.
Je crois que si je recommençais aujourd’hui, je me parlerais avec davantage de douceur.
Je me laisserais plus de temps.
Je chercherais moins à prouver quelque chose.
Et surtout…
je me rappellerais que tous les auteurs avancent longtemps dans le brouillard avant de trouver leur lumière.
Dans le prochain article, je parlerai justement d’un piège très particulier.
Un piège presque invisible au départ.
Parce qu’on peut avoir l’impression de bien commencer…
alors qu’on est déjà en train de perdre un temps précieux.
Tout d’abord, merci pour vos articles qui m’encouragent..Un peu de mon ressenti du moment. J’ai cette fragilité… je compare, j’hesite, je recommence, puis je crois trouver. Mais si je reviens dessus deux jours plus tard, je ne suis pas satisfaite et voilà, le doute s’installe et surtout… je perds du temps
Merci pour ce partage si sincère.
Ce que vous décrivez, beaucoup d’auteurs le traversent — même ceux qui publient depuis longtemps. Le doute adore revenir relire nos textes avec une loupe et un air très sévère… souvent deux jours plus tard, précisément.
Comparer, hésiter, recommencer : ce n’est pas forcément le signe que vous écrivez mal. C’est souvent le signe que vous cherchez votre voix avec exigence. Le piège, en revanche, c’est de vouloir atteindre une version “parfaite” trop tôt.
Un texte a parfois besoin d’être laissé imparfait pour continuer à avancer. Sinon, on polit la première pierre pendant que la maison attend d’être construite.
Essayez peut-être ceci : distinguer les temps d’écriture et les temps de correction. Quand vous créez, avancez. Quand vous corrigez, corrigez. Mais évitez de faire les deux en même temps — c’est un peu comme appuyer sur l’accélérateur et le frein à la fois.
Et surtout : le temps passé à douter n’est jamais complètement perdu. Il vous apprend aussi quelque chose sur votre manière d’écrire, vos exigences, votre sensibilité. Il faut simplement veiller à ce qu’il ne prenne pas toute la place.
Continuez. Vraiment.