Un auteur peut-il s’emparer librement du réel et l’écrire ?

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diffamationUn écrivain peut-il tout dire et tout faire. Et s’inspirer des faits divers sans risque ?

 

 

 

 

La promulgation de la loi de 1881 sur la liberté de la presse offre un début de réponse.

Et depuis 1881, elle a subi de nombreuses modifications.

Pour consulter la version consolidée, voir le site Legifrance.

Lisez et vous serez incollable sur le sujet !

 

Que faut-il retenir ?

Diffamation et atteinte à la vie privée

 

Essai, document, biographie, article de presse… et même tract, dès lors qu’il est rendu public, l’auteur porte la responsabilité de son texte. Et le roman, bien sûr, ne bénéficie d’aucune grâce. Si son texte fait référence à des personnes ou des situations réelles, l’auteur peut être poursuivi pour diffamation, injure voire atteinte à la vie privée.

Se défendre derrière l’idée que le texte n’est autre qu’un roman ou se protéger en recourant à la mention « toute coïncidence avec des personnages ayant vraiment existé est fortuite » ne constitue aucune circonstance atténuante.

Pire, ces précautions peuvent laisser penser que l’auteur, trop conscient, des risques encourus, cherchait à se préserver.

Le monde littéraire ne manque pas d’auteurs ayant dû s’expliquer à la suite d’un dépôt de plainte. Autrefois Jules Verne, Zola, et plus près de nous, Lydie Salvayre qui, à la parution de son livre La Compagnie des spectres dut comparaître devant la justice pour s’expliquer : une famille s’était reconnue dans son roman.

Plus récemment encore, au cours de l’année 2010, la famille Stern déposa plainte contre Regis Jauffret pour son livre Sévère et abandonna finalement les poursuites. Courant juin 2013, Lionel Duroy dut répondre devant la loi à l’accusation de son fils pour atteinte à la vie privée déposée à la parution de son livre Colères.

Les condamnations

 

Les décisions de justice relèvent à la fois de l’application scrupuleuse de la loi – que nul ne doit ignorer – et d’une certaine indulgence à l’égard du caractère moral du préjudice.

En cas de condamnation, les dommages et intérêts restent limités et surtout la saisie du livre très rarement décidée. Pour la simple et bonne raison que les juges sont garants du droit, mais ils veillent tout autant à la liberté d’expression.

Dans le cas de diffamation, si l’intention de nuire et le préjudice ne sont pas établis, le romancier n’encourt aucune responsabilité même s’il emploie le nom et la profession d’un personnage dès lors qu’il n’y impute aucun sens diffamatoire et ne le représente ni de façon ridicule, grotesque ou odieuse.

Dans le cas de l’atteinte à la vie privée, le jugement considère que l’absence de mauvaise intention ou la recherche de soi même par l’écriture à travers sa mémoire, ne permet pas la divulgation de souvenirs partagés avec d’autres ou étroitement imbriqués à la vie privée de ses personnes sans leur accord. Sachez que l’intention de nuire ou pas pèse lourdement dans les décisions des juges.

Les annales judiciaires ne manquent pas de cas car bien sûr ce genre de délit entre romanciers et personnages n’est pas nouveau du tout. Et l’idée que de nos jours on peut être plus procédurier est une erreur. Le nombre de plaintes ou celui des condamnations n’a pas augmenté.

En revanche, les raisons et les comportements ont changé. Certains portent désormais plainte pour gagner de l’argent ! Les services juridiques des éditeurs sont de plus en plus sollicités. Et trancher dans les affaires se révèle de plus en plus difficile pour les juges.

Pour échapper à une condamnation certaine, les romanciers usent régulièrement de subterfuges consistant à changer les noms  et les prénoms des protagonistes, à changer d’unité de lieux ou de temps, modifier l’aspect physique. Mais tout cela ne suffit pas à les rendre méconnaissables.

Le mieux et le plus simple est peut-être de vous demander si les personnages que vous avez choisis risquent de vous causer des problèmes. Si la réponse est positive, réfléchissez à deux fois !

À vos succès d’écriture…

 

PS : Dans le prochain article, je continuerai à dévoiler la méthode 30 jours pour écrire un premier jet.

 

8 commentaires

  1. Jean-Patrick dit :

    Merci pour ce rappel et ces précisions.
    Un cas semble laissé de côté, celui de Binet et sa famille Bidochon, Francis Veber et son François Pignon ; quand l’invention rencontre la réalité.
    Avez-vous des échos des jugements quand des personnages, 100% imaginés pour leur auteur, se révèlent exister dans la « vraie vie » ?

    • Marie-Adrienne Carrara dit :

      Bonjour

      Non, désolée, je n’ai pas d’échos de tels jugements. Mais je fais confiance à la presse pour relayer ce genre de faits !

      Bien à vous

  2. Eric dit :

    Merci. Un homme averti en vaut deux… surtout lorsqu’on débute seul et sans garde-fou, la tentation est facile derrière un clavier.

  3. Caroline dit :

    Si on compose un personnage de roman avec le physique de Luc, quelques habitudes de Gérard et le quartier de Fred, qu’on lui donne un nom fictif et qu’on lui fait commettre, pour les besoins de l’intrigue, des actes odieux (mais totalement fictifs), est-ce que Luc, Gérard ou Fred, croyant se reconnaître, pourrait porter plainte pour diffamation? Jusqu’à quel point doit-on brouiller les pistes quand on crée un personnage de « méchant », si on ne veut nuire à personne?

    • Marie-Adrienne Carrara dit :

      Bonjour

      Le vrai problème c’est que l’on trouvera toujours quelqu’un susceptible de se reconnaitre dans les personnages et les situations que l’on peut avoir créés. Parfois même c’est toute une histoire. Voilà un exemple personnel :

      Un jour, j’ai écrit une nouvelle. J’y ai travaillé pas mal de temps. Et j’étais plutôt satisfaite. Donc un soir je la relis et je me dis qu’elle peut partir telle que pour le concours de nouvelles auquel je la destinais.
      Le soir même, libre d’esprit, je m’installe devant la télé et je zappe… et je tombe sur un téléfilm français qui débute tout juste. Je me cale bien, prête à regarder. Dès les premières images, j’éprouve comme un malaise. Ces personnages, cette histoire, on aurait dit la mienne. Je persiste… au fil des minutes je glisse dans mon fauteuil. A des détails près, je voyais mon histoire se déroulait devant moi. Cette histoire que j’avais mis tant de cœur à créer. Je ne me souviens même plus du titre, tellement dégoûtée. Je n’ai jamais envoyé ma nouvelle et donc je n’ai jamais participé à ce concours. De toute façon, la date de clôture était toute proche. Et je ne me sentais pas de tout recommencer. Et ma nouvelle a fini dans ma corbeille informatique !

      Cette mésaventure est vraie et tout ce qu’il y a de plus vrai. Ce qui est sûr c’est que l’auteur de l’histoire du téléfilm aurait certainement reconnu ses personnages, et son histoire tellement similaire à la mienne. Je m’éloigne un peu du sujet profond de l’article mais finalement pas tant que cela.

      J’ai écrit cet article pour alerter. Hier, aujourd’hui et demain, l’auteur a puissé, puisse et puisera une grande partie de son inspiration dans le réel. Alors brouillons, brouillons et intelligemment ! Ensuite, advienne que pourra…

      • Manon dit :

        Bonjour,

        Similaire pour moi… j’ai découvert des écrits, parfois aussi des entrevues qui contenaient, en substance, ce que j’avais écrit sans savoir qu’ils existaient déjà. Puisque je n’avais pas encore publié ni parue dans des entrevues tandis qu’eux oui, j’ai réagi comme vous : tout à la corbeille. Ouch ! Ça fait mal et ça fout aussi la trouille que j’écrive encore un truc déjà paru, mais cette fois-ci, le publier sans m’en rendre compte pour que plus tard, quelqu’un m’en fasse la remarque – et le reproche ou pire : me poursuive en justice ! Me faire accuser d’un plagiat inconscient et involontaire…
        Bon début pour une première publication ! Mais bon, je n’en suis pas encore à l’étape de la publication. D’ici là, moi aussi je travaille fort pour créer une histoire originale et je dis avec vous Adrienne: advienne que pourra !

        • Marie-Adrienne Carrara dit :

          Bonjour

          Comme vous dites, jeter un travail d’écriture à la poubelle, ça fait mal !

          Merci pour votre commentaire. Au plaisir de vous lire

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