Que gagnent les écrivains ?

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Écrivains et droits d’auteur

Quand je suis en salon du livre, on me pose souvent des questions au sujet des gains des écrivains. Je reste évasive car le milieu de l’édition est opaque et le sujet toujours sensible. D’après ce que j’en sais, même les chiffres réels de vente de livres restent flous. Mais disons-le,  il n’est pas de bon ton de parler d’argent dans le monde de l’édition.

Au cœur du système, on trouve les droits d’auteur. C’est la part du prix du livre  directement empoché par l’écrivain. En France, le contrat-type prévoit que l’auteur touche

  • 8 % de droits jusqu’à 10 000 exemplaires vendus,
  • 10 % entre 10 001 et 20 000,
  • 12 % au-delà.

Donc, pour un livre vendu 20 euros, cela représente entre 1,60 et 2,40 euros par exemplaire pour l’auteur. Pour les beaux livres et le poche, on approche des 5 %. Nous comprenons donc aisément que l’immense majorité des écrivains français ne vivent pas de leur activité d’auteur.

Des variantes existent avec des répartitions 10/12/14 % ou des seuils fixés à 5 000 et
10 000 exemplaires. Bien entendu, si vous avez eu un prix important (Goncourt, Renaudot…), l’éditeur pourra proposer de monter jusqu’à 14 ou 15 %.

Il existe encore mieux. Vladimir Nabokov percevait 17,5 % de droits d’auteur de la part de son éditeur américain McGraw-Hill dès le premier exemplaire pour son succès mondial Lolita ! En 1951, Louis-Ferdinand Céline a exigé 18 % de Gaston Gallimard sur chaque exemplaire. Mais le record va à Françoise Sagan qui aurait négocié 20 % de droits, à l’extrême fin de sa vie, avec le Groupe de la Cité. Il faut rappeler que l’auteur de Bonjour tristesse menait un sacré train de vie…

A côté de ces contrats en or, Gallimard propose parfois un taux fixe de 7 % de droits pour des premiers romans.

Écrivains et à-valoir

La puissance d’un écrivain se mesure aussi à un autre critère : le fameux à-valoir, une avance consentie par un éditeur pour un livre au moment de la signature d’un contrat. Une somme que l’auteur n’aura pas à rembourser, même en cas de mévente.

Aujourd’hui, en France, cette avance va de 800 euros pour un auteur débutant à une fourchette située entre 10 000 à 30 000 euros pour un romancier connu. L’éditrice Anne-Marie Métailié affirme qu’elle peut monter jusqu’à 2 000 euros pour un premier roman qui l’emballe et ne pas dépasser les 20 000 euros pour un auteur reconnu.
Mais il arrive que certains éditeurs, et non des moindres, refusent tout bonnement d’en verser.

Cependant, notons qu’un à-valoir faible peut aussi être profitable à l’auteur.
Pour « Le champ de personne », l’éditeur a proposé à Daniel Picouly de baisser son avance, mais d’augmenter ses droits de 1 %. Il fut inspiré d’accepter cette offre vu les centaines de milliers d’exemplaires du livre vendus, l’opération s’est révélée excellente pour lui.

Quoi qu’il en soit, un auteur ne doit jamais rembourser un à-valoir. Il est définitivement acquis sauf si l’auteur ne remet jamais son manuscrit, évidemment. Ce qui arrive parfois et se termine par un recours en justice.

Mais les droits d’auteur ne sont pas tout. Il y a aussi les clauses annexes, celles écrites en minuscule que les auteurs débutants ne lisent jamais et que les éditeurs et auteurs aguerris tentent de faire pencher en leur faveur. Par exemple, les éventuels droits d’adaptation au cinéma. Traditionnellement partagés à 50/50, il arrive qu’un auteur, surtout s’il a déjà été porté au grand écran, obtienne une répartition plus favorable du type 60/40.

Il en va de même pour les droits sur les traductions à l’étranger : certains auteurs se réservent aussi contractuellement l’intégralité des droits pour un pays étranger, où ils sont bien introduits.

Enfin, les auteurs les plus médiatiques peuvent jouir d’une « clause de publicité » qui fixe par écrit un budget minimum, destiné à financer des messages à la radio ou de l’affichage dans les gares. Cela peut monter à 30 000 euros. Certes la démarche flatte l’égo de l’auteur mais il faut savoir que souvent, les sommes se calculent sur les tarifs publicitaires officiels, or les gros annonceurs négocient systématiquement des rabais considérables auprès radios.

Et les éditeurs  ?

Après les subtilités des contrats d’édition, évoquons maintenant les éditeurs.

Pour L’élégance du hérisson publié en 2007 et vendu à 1 320 000 exemplaires, auxquels s’ajoutent 500 000 exemplaires en Folio, la romancière Muriel Barbery, avec des droits d’auteur de 12 %, a engrangé 3 350 000 euros, uniquement en France.

Certes c’est un peu exceptionnel mais quand on connait la répartition des gains pour un livre, on ne s’étonne plus alors de trouver  parmi « Les 500 premières fortunes de France »(classement de 2009)  : Antoine Gallimard (224e), qui a su faire prospérer l’entreprise familiale, Francis Esménard chez Albin Michel (234e), Jacques Glénat (317e), qui règne dans le monde de la bande dessinée, et Hervé de La Martinière (500e), spécialisé dans le beau livre

Alors pourquoi parler d’argent reste tabou dans le monde l’édition ?

D’aucuns avancent l’idée qu’il s’agit historiquement de maisons familiales. Autrefois, les propriétaires de maison d’édition préféraient que « leurs » auteurs ne sachent pas exactement combien gagnait le voisin, pour ne pas encourager des prétentions financières à la hausse. Et la tradition aurait persisté.

Ce qui est surtout vrai, c’est que pour éviter de verser trop de droits d’auteur, les éditeurs ne cessent de se retrancher derrière les fameux comptes d’exploitation qui mentionnent les coûts d’un livre. Mais ils oublient de signaler qu’au-delà de 10 000 exemplaires vendus, l’à-valoir, les coûts fixes de maquette, la prospection chez les libraires, voire la traduction, sont amortis et que, dès lors, un ouvrage de 250 pages revient aujourd’hui à un euro en fabrication. En revanche, les bénéfices deviennent tout de suite exponentiels même si l’auteur, lui, reste bloqué à ses 12 %…

On comprend mieux pourquoi le nom d’un écrivain ne figurera jamais dans la liste des 500 premières fortunes françaises. Seule J.K. Rowling, auteur d’Harry Potter, dont la fortune est estimée à près d’un milliard de dollars, tire son épingle du jeu. Elle a fait son entrée parmi le Top Ten des femmes les plus riches du royaume d’Angleterre. Un espoir donc à moins que l’ère du numérique et les nouvelles opportunités qu’elle ouvre dans l’édition viennent un peu changer la donne.

À bientôt…

 

2 commentaires

  1. Agnes Castera dit :

    C’est bien dommage qu’il ne soit pas de bon ton de parler d’argent dans le monde de l’édition parce que cet article qui aborde le sujet est très informatif et intéressant ! Je pense que les auteurs et écrivains ont des âmes d’artiste qui n’aiment eux même pas parler d’argent. C’est la seule explication que je trouve à ce silence des auteurs sur la question. Bravo Marie Adrienne d’en parler ouvertement.

    • Marie-Adrienne Carrara dit :

      Bonjour

      Personnellement, ça ne me pose pas de souci. La plupart du temps, on envie souvent le résultat mais on se pose rarement la question du travail qu’il a fallu fournir pour l’atteindre. Côté auteurs, je pense que les raisons sont nombreuses. Une âme d’artiste empêche-t-elle de parler d’argent ? Je ne suis pas convaincue ou alors, elle concerne une infime partie des auteurs.

      Bien à vous

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