Analyse d’un roman (18e épisode)

Partager :

Dans ce 18e épisode de la série « L’Alchimie du roman, Jean-Philippe Depotte décortique « Lolita », le roman sulfureux de Vladimir Nabokov.

 

 

 

 

Lolita

 

236681536

 

À propos de Vladimir Nabokov

 

Vladimir Nabokov naît le 22 avril 1899 à Saint-Pétersbourg dans une famille d’aristocrates. Son enfance se déroule dans un cadre privilégié où il reçoit dès son plus jeune âge une éducation trilingue l’anglais et le français (deux langues qui joueront un rôle déterminant dans la suite de son existence) et le russe.

Il voyage beaucoup avec ses parents à travers l’Europe. En France, il découvre la Côte d’Azur et Biarritz qui prêteront leur décor à quelques-unes de ses pages. Ses passions pour la lecture et l’écriture naissent à cette époque. Il publie son premier recueil de poèmes en 1916.

La révolution bolchévique de 1917 met un terme brutal à cette jeunesse heureuse. Les Nabokov trouvent d’abord refuge en Crimée puis quittent la Russie en avril 1919. Ils s’installent à Londres puis à Berlin. Entre 1919 et 1922, Nabokov étudie la littérature russe et française au Trinity College de Cambridge.

Son arrivée à Berlin coïncide avec trois événements majeurs : la mort tragique de son père, abattu en mars 1922 lors d’une réunion politique, la rencontre avec Véra Evséievna Slonim qui deviendra sa femme en 1925, et l’affirmation de sa vocation d’écrivain.

Nabokov publie des poèmes, des articles critiques et des traductions du français et de l’anglais dans de nombreux journaux russes émigrés de Berlin et Paris, mais il s’impose sur la scène littéraire avec plusieurs romans écrits sous le pseudonyme de Sirine. Le Don, paru en 1937, sera son dernier roman russe, est sans aucun doute l’une de ses œuvres les plus achevées.

Au début de 1937, le couple Nabokov s’installe à Paris pour fuir le nazisme. La France sera la première étape de ce nouvel exil. En mai 1940, alors que l’Europe plonge dans le chaos de la deuxième guerre mondiale, Vladimir, Véra et leur fils Dmitri embarquent à Saint-Nazaire sur le Champlain à destination des États-Unis.

L’écrivain a passé les dernières années de son séjour parisien à composer son premier roman en langue anglaise, La Vraie Vie de Sebastian Knight, qui paraîtra en mai 1941 États-Unis. Tous ses romans seront désormais composés en anglais.

Mais Nabokov ne vit pas de l’écriture et, pour subvenir aux besoins de sa famille, prend un poste d’entomologiste au Museum of Comparative Zoology de Harvard. Il donne également  des cours de littérature à Wellesley College.

En 1948, il est nommé professeur à Cornell University où ses conférences sont consacrées aux grands écrivains européens de langue anglaise, française et allemande (Austen, Stevenson, Dickens, Joyce, Flaubert, Proust, Kafka) ainsi qu’aux maîtres de la littérature russe (Gogol, Tolstoï, Tourgueniev, Tchékhov).

C’est dans ce contexte qu’explose en 1955 la bombe Lolita.

 

Lolita, de Vladimir Nabokov

 

Dans un premier temps, le manuscrit fut refusé par six éditeurs américains qui craignaient des poursuites judiciaires ou morales, ou souhaitaient donner un sens « moral » au livre. Nabokov savait que les sujets de la pédophilie et de l’inceste allaient choquer.

Il se résolut à le faire publier par Olympia Press, à Paris, en 1955. Malgré un catalogue prestigieux (Jean Genet, Samuel Beckett, etc.), la maison d’édition fondée est spécialisée dans l’édition d’œuvres sulfureuses, ce que Nabokov ignore en 1954.

Un an après sa parution en France, le roman est censuré sous la pression du Home Office anglais. La censure est levée un temps en 1958. Entre-temps Gallimard a publié une traduction en français. La censure de la version anglaise devient alors caduque.

Le livre sort en 1958 aux États-Unis, chez Putnam et connaît un grand succès, restant pendant 180 jours en tête des meilleures ventes du pays.

Lolita est même le second roman, après le best-seller Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell (1936), à atteindre les 100 000 exemplaires vendus en trois semaines. Depuis, Lolita s’est vendu à plus de 15 millions d’exemplaires dans le monde.

Si l’on oublie un instant ses sujets sulfureux, Lolita est une œuvre de première grandeur. L’immense succès du roman permet à Nabokov de quitter le monde universitaire pour se consacrer à l’écriture. Cette décision s’accompagne d’un nouveau voyage : en 1961, Vladimir et Véra rentrent en Europe et s’installent à Montreux.

Le succès de Lolita n’entame en rien l’énergie créatrice de Nabokov. Il se lance dans le projet titanesque de traduire Eugène Onéguine.

Il se consacre également à la traduction en anglais de quelques-uns de ses romans russes.

Vladimir Nabokov disparaît le 2 juillet 1977, laissant derrière lui le manuscrit inachevé de son dernier roman, The Original of Laura. Les fragments de ce dernier opus furent finalement publiés en 2009.

 

 

Comme à son habitude, Jean-Philippe Depotte analyse le roman selon quatre éléments :

 

  • L’Eau, c’est le Style.

C’est la plume de l’écrivain, la poésie, la beauté du langage et le simple plaisir de lire de belles phrases.

 

  • L’Air, c’est la Fiction.

C’est l’invention, qui prend deux formes, en général : l’intrigue (l’histoire que l’on raconte) et les personnages.

 

  • La Terre, c’est le Milieu que décrit le roman.

C’est une époque ou c’est un lieu. C’est ce qu’apprend le lecteur sur la réalité que décrit le roman.

 

  • Enfin le Feu, c’est le Message.

C’est la raison pour laquelle l’auteur a écrit son roman. C’est le message qu’il a voulu transmettre à son lecteur. Une philosophie, une morale ou, simplement, un sentiment, une impression.

***

 

Je vous laisse découvrir cette nouvelle vidéo (Alchimie d’un Roman, épisode 18 – 11’34).

 

 

J’espère que cette nouvelle vidéo vous a plu. Merci à Jean-Philippe (Depotte) !

 

Si cet article vous a plu, je vous serais reconnaissante de le partager via Facebook, Twitter et autre.

 

À vos succès d’écriture…

 

Un commentaire

  1. evelyne dit :

    pas facile de rendre compte de ce roman et bravo pour le ton juste de cette analyse qui rend hommage au talent littéraire tout en ne niant pas le problème que pose ce type de perversion à l’auteur lui-même et qui entre en tension dans son écriture. J’aime bien aussi la perspective de réflexion ouverte par cette oeuvre dans notre culture actuelle qui fait du sujet un bien commercialde consommation courante (mode etc). Voir en regard le point de vue littéraire d’une Christine Angot sur ce même sujet vécu par elle en victime et transformé en objet littéraire. A quand son analyse ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Cochez pour afficher un lien vers votre dernier article